Human Rights Watch cuestiona las negociaciones entre Marruecos y el Polisario:

« Le droit des Sahraouis à décider de leur avenir est en danger »

Le tournant diplomatique qui tente de débloquer l’un des conflits les plus anciens de la planète suscite suspicion et critiques parmi les organisations de défense des droits de l’homme. Human Rights Watch a averti mercredi que le nouveau cadre de négociation promu par les Nations Unies menace de vider de son contenu le principe qui a soutenu pendant des décennies le processus de l'ancienne province espagnole : le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir.

« Le nouveau cadre de négociation menace de porter atteinte aux droits », affirme l'organisation dans un communiqué dans lequel elle remet ouvertement en question l'architecture politique qui se dessine autour du Sahara occidental. Ce n'est pas seulement un avertissement technique. Il s’agit d’une question fondamentale sur l’orientation d’un conflit dont la nature juridique, un demi-siècle après le retrait espagnol, n’est toujours pas résolue.

« Le risque est que l'opportunisme politique l'emporte sur le droit à l'autodétermination », résume Hanan Salah. « Trente-cinq ans après que le Conseil de sécurité de l'ONU a convenu d'un référendum pour résoudre la situation au Sahara occidental, l'opportunisme politique menace de l'emporter sur le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination. »

Un cadre qui redéfinit – et limite – l’autodétermination

L’épicentre des critiques est la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, approuvée le 31 octobre 2025 et promue par les États-Unis. Sur le papier, le texte maintient la rhétorique classique : une solution « juste, durable et mutuellement acceptable » conformément à la Charte des Nations Unies et à la reconnaissance du droit à l'autodétermination.

Mais dans la pratique, selon Human Rights Watch, cela entraîne des déplacements importants. « La résolution ne garantit pas qu'un nouveau cadre respecte le droit à l'autodétermination ou qu'il soit conforme au droit international », prévient l'organisation.

L’essentiel est de savoir ce que le texte donne la priorité et ce qu’il omet. La résolution prend comme base exclusive la proposition marocaine d'autonomie présentée en 2007, qui envisage une autonomie limitée sous souveraineté marocaine mais exclut explicitement l'indépendance. Il ne mentionne pas non plus les réparations, ni ne définit précisément qui sont les sujets du droit de décider.

Ce dernier point n’est pas mineur. La liste électorale – qui peut voter – est l’un des principaux obstacles depuis les années 1990. Le plan d'établissement de 1988 a établi comme référence le recensement espagnol de 1974, y compris les réfugiés. Aujourd’hui, après des décennies de déplacements et de changements démographiques, le problème reste entier.

De la promesse du référendum au « réalisme » géopolitique

Le rapport de l'ONG retrouve l'origine de l'engagement international. En 1991, les Nations Unies concluent un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario et créent la mission MINURSO avec un mandat clair : organiser un référendum au cours duquel les Sahraouis pourraient choisir entre l'indépendance et l'intégration au Maroc.

Ce référendum n’a jamais eu lieu. Rabat a rejeté l'inclusion de l'indépendance comme option et a remis en question la viabilité du recensement. Le Polisario est resté ferme sur la nécessité d’une consultation avec toutes les options ouvertes. Le blocus est devenu un statu quo.

Pendant des années, la communauté internationale a formellement soutenu ce cadre. Mais le contexte a changé. En 2020, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire. Et en janvier 2026, l’Union européenne a aligné sa position sur la résolution 2797, approuvant l’autonomie comme base de négociation.

Pour Human Rights Watch, ce changement reflète une transition du droit au pragmatisme. Un réalisme diplomatique qui, selon lui, réduit l’autodétermination à une formule préconçue. Les reconnaissances, souligne-t-il, n'ont pas modifié la nature du territoire non autonome en attente de décolonisation.

Réparations, retour et mémoire du conflit

Au-delà de la conception politique, l’organisation introduit un élément moins visible dans les négociations : la réparation. « Un accord devrait également garantir le droit des Sahraouis à réparation pour les dommages subis, y compris une indemnisation et le droit au retour de ceux qui ont été déplacés hors du territoire et de leurs descendants », souligne-t-il.

La dimension historique est essentielle. Le Maroc contrôle la majeure partie du Sahara occidental depuis 1975, lorsque l'Espagne a mis fin à son administration coloniale. Depuis, le territoire est le théâtre de conflits armés, de déplacements massifs et de profonds changements démographiques.

Au moins 173 000 Sahraouis vivent aujourd'hui dans des camps de réfugiés à Tindouf, en Algérie. Parallèlement, une partie importante de la population actuelle du territoire est constituée de colons marocains et de leurs descendants. Selon le droit international humanitaire, rappelle l'ONG, le transfert de population civile vers un territoire occupé est interdit et peut constituer un crime de guerre.

Répression sur le terrain

Le rapport fait également état d’un schéma persistant de répression sur le territoire. Selon Human Rights Watch, les autorités marocaines entravent systématiquement les groupes prônant l'autodétermination, interdisent les manifestations, restreignent les associations et ont recours aux arrestations, aux mauvais traitements et même à la torture.

Les lois qui sanctionnent les atteintes à « l’intégrité territoriale » du Maroc sont devenues, selon l’organisation, un outil pour faire taire toute dissidence.

Un processus opaque sans réponses

En décembre 2025, Human Rights Watch a demandé des informations à plusieurs acteurs clés – les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Maroc, l'Algérie et l'envoyé spécial de l'ONU, Staffan de Mistura – sur le nouveau cadre de négociation. Il n'a pas obtenu de réponse.

Ce silence, dans un processus qui vise à redéfinir l'avenir du territoire, est interprété par l'organisation comme un symptôme d'opacité et de manque de garanties. « Le Conseil de sécurité devrait défendre le droit à l'autodétermination et veiller à ce que tout résultat reflète la véritable volonté du peuple sahraoui », insiste Human Rights Watch.

Une promesse en suspens un demi-siècle plus tard

Le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies depuis 1963. C'est le seul en Afrique dont le processus de décolonisation reste inachevé. L'avis consultatif de 1975 de la Cour internationale de Justice a réaffirmé le droit des Sahraouis à l'autodétermination. L’Assemblée générale des Nations Unies l’a réitéré dans plusieurs résolutions.

Mais sur le terrain, la promesse n’est toujours pas tenue. « Le Conseil de sécurité a promis il y a plusieurs décennies de garantir le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, mais il n'a pas grand-chose à démontrer. Après 50 ans d'occupation, il devrait expliquer comment il compte garantir tous les droits humains du peuple sahraoui, y compris l'autodétermination », conclut Salah.

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