Les Houthis, en passe de contrôler le deuxième détroit clé du commerce mondial
L’avancée rapide des rebelles au Yémen brise les défenses gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite. Avec la prise de la ville de Moka, des îles Hanis et Mayyun, les milices houthies alliées à Téhéran contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb dans la mer Rouge, mettant en danger le trafic maritime et énergétique entre l'Asie et l'Europe.
Faisant partie de l’Axe iranien de la Résistance, depuis le début de la guerre à Gaza, ils sont le fléau des navires américains et israéliens naviguant dans la région. Tout cela alors qu'ils mènent une guerre civile acharnée dans leur propre pays, qui a provoqué la « pire crise humanitaire de la planète », selon l'ONU.
En moins d’une semaine, la carte du conflit au Yémen a été radicalement reconfigurée. Les rebelles Houthis ont lancé une violente offensive qui leur a permis de s'emparer de vastes pans du territoire national. Une nouvelle victoire qui ajoute à leur contrôle sur Sanaa, la capitale du pays.
Ils ont dépassé les positions défensives ennemies et ont réussi à neutraliser les bombardements de l'aviation saoudienne, principal allié du gouvernement yéménite. L’étape clé de cette manœuvre a été la chute de Moka, une ville portuaire de la mer Rouge restée sous le contrôle des forces gouvernementales depuis début 2017.
Moka abritait un centre névralgique pour les troupes commandées par Tareq Saleh, neveu de l'ancien président Ali Abdullah Saleh et l'un des hommes forts du camp progouvernemental. Dans des enregistrements diffusés par des journalistes locaux, on voit des miliciens Houthis entrer dans la ville et pénétrer dans des installations militaires abandonnées par les forces ennemies tout en scandant des slogans contre les États-Unis et Israël. En outre, les Houthis collectent eux-mêmes des captures de matériel militaire, à la fois des véhicules et des armes, avec les caméras de leurs téléphones.
Ils ont ensuite été suivis par d'autres points clés du détroit, comme les îles Hanish, au milieu de celui-ci. Enfin, Mayyun, l'île où se trouve le point le plus étroit de la passe, a été prise par les rebelles le 11 septembre, clôturant la conquête d'une des rives du détroit.
Le risque pour l’économie mondiale
La ville est située à seulement 50 kilomètres du détroit de Bab el-Mandeb, le passage qui relie la Corne de l'Afrique à la péninsule arabique et sert de porte d'entrée et de sortie vers la mer Rouge et le canal de Suez.
Environ 7 % du pétrole mondial transite régulièrement par le détroit de Bab el-Mandeb, en plus d'un flux continu de porte-conteneurs indispensable à l'approvisionnement des échanges entre les puissances asiatiques et les marchés européens. Une interruption ou une menace directe de ce canal obligerait les grandes compagnies maritimes à détourner leurs navires vers la route alternative autour du Cap de Bonne-Espérance en Afrique australe, ce qui ferait monter en flèche les coûts logistiques, le prix de l’assurance maritime et les coûts énergétiques.
Le coût humain
Parallèlement à l'inquiétude qui flotte sur les marchés financiers et dans les grandes compagnies maritimes, la violence des combats a eu un impact dévastateur sur la population civile. Selon les estimations préliminaires publiées par les Nations Unies, l'escalade de la guerre enregistrée ces derniers jours a déjà fait plus de 500 morts et généré 20 000 déplacés. Par ailleurs, dans des villes comme Moka, la plupart des centres de santé ont cessé de fonctionner, selon des sources de Médecins sans frontières. C'est une situation qui aggrave la détérioration humanitaire d'un pays déjà épuisé par des années de conflit.
Avec la chute de Moka et de Mayyun, l’avancée imparable des insurgés vers le sud du Yémen bouleverse l’équilibre des pouvoirs dans la région et sur la scène mondiale. Il faut donc attendre la réponse internationale à la menace qui pèse sur la navigation mondiale.
