Les défenseurs des animaux se mobilisent à Fitur contre le « massacre » de chiens errants au Maroc à l'occasion de la Coupe du monde de football
PACMA place une fois de plus le Maroc au centre du débat public en Espagne, cette fois dans le cadre le plus symbolique du tourisme. Le parti des droits des animaux a convoqué un rassemblement ce samedi 24 janvier devant l'IFEMA, à Madrid, à l'occasion de la célébration du Fitur 2026. La manifestation dénonce ce que le groupe qualifie de « massacre » de chiens errants dans le pays voisin, une polémique qui prend une dimension internationale depuis que le Maroc a été choisi avec l'Espagne et le Portugal pour organiser la Coupe du monde 2030.
La mobilisation aura lieu à 12h00. à l'entrée de l'Avenida del Partenón, à côté de la station de métro Feria de Madrid, au milieu de la foire, l'une des plus grandes vitrines touristiques à l'échelle mondiale. Selon la PACMA, le choix du lieu et de la date n'est pas une coïncidence. « Cela met en évidence la contradiction entre la projection extérieure des pays participants et la persistance de pratiques violentes contre les animaux », affirme le parti dans le communiqué envoyé à L'Indépendant.
La formation dénonce que, malgré les annonces officielles de projets de stérilisation et d'identification par badges, des empoisonnements et des meurtres de chiens continuent de se produire dans différentes villes marocaines, même en plein jour. PACMA assure que des représentants du parti se sont rendus à Tanger en septembre dernier pour documenter la situation sur le terrain et affirment que les pratiques continuent d'être enregistrées normalement. Le rassemblement, soulignent-ils, vise à rendre visible le rejet social, à exiger la fin des massacres et à exiger des politiques publiques de protection des animaux. Il cherche également à accroître la pression sur ceux qui, selon lui, ont une réelle capacité d'influence : des organisations comme la FIFA et la Fédération espagnole de football.
Coupe du monde 2030 et « nettoyages » urbains
Le Maroc a passé des années à bâtir une image de marque soi-disant associée à la modernisation, au tourisme de qualité et à la stabilité, avec des investissements soutenus dans les infrastructures, la connectivité et la promotion étrangère. Dans cette histoire, la Coupe du monde 2030 est présentée comme une étape importante du prestige mondial. Pour les défenseurs des animaux, il existe cependant une « face B » à ce processus : la multiplication des razzias, des captures et des sacrifices massifs d’animaux errants, notamment dans les villes à forte composante touristique ou liées à de grands événements sportifs.

À chaque fois qu’un grand événement sportif ou touristique approche, le Maroc multiplie les « nettoyages » des animaux dans les zones stratégiques
Une enquête publiée cette semaine par le journal L'Athlétisme renforce ce récit de l’extérieur. L'enquête décrit un prétendu « centre de sacrifice » dans la banlieue de Marrakech, présenté comme un abattoir clandestin à quelques kilomètres des hôtels touristiques et des zones de loisirs de la Ville Nouvelle. Le texte raconte une enceinte aux hauts murs, apparemment impénétrable, avec un accès contrôlé et une activité industrielle, et décrit l'arrivée de camions avec des animaux capturés, identifiables par les cris et les détonations de l'intérieur.
L’enquête soutient que ce type d’aménagements font partie des mécanismes de « gestion » des chiens errants déployés par les autorités locales depuis que le Maroc a commencé à se positionner comme hôte de grands événements sportifs. Marrakech a accueilli la Coupe d'Afrique des Nations 2025 et devrait également accueillir la Coupe du monde 2030. Dans ce contexte, le rapport recueille des témoignages d'habitants qui soulignent une soudaine intensification des arrestations avant les événements internationaux, avec des perquisitions dans les quartiers proches des hôtels et des lieux liés au football.
Selon les informations recueillies, certains habitants affirment que même des chiens munis d'une médaille d'identification, en théorie protégés par la réglementation locale, ont été capturés. Un père a expliqué qu'il avait réussi à récupérer son animal de compagnie après avoir payé un fonctionnaire, mais que l'animal était revenu avec des marques sur le cou, compatibles – selon sa perception – avec un coup de couteau. Le rapport relie ces actions à une dynamique qui, selon les militants, se répète lorsque le Maroc se prépare à « une fête » avec des visiteurs internationaux.

Dossier sur la FIFA et accusations d'impunité
La Coalition internationale pour le bien-être et la protection des animaux (IAWPC) soutient que le Maroc a suivi une tendance inquiétante ces dernières années : à chaque fois qu'un grand événement sportif ou touristique approche, les « nettoyages » d'animaux dans des zones stratégiques se multiplient. Selon la coalition, la FIFA ne donnerait pas d’ordres directs, mais elle tolérerait ce comportement en n’agissant pas avec force.
Le rapport affirme que l'IAWPC a envoyé à la FIFA un dossier de 91 pages contenant des preuves, notamment des photographies d'empoisonnements, de famine forcée et de fusillades.
Rabat nie cependant l’accusation centrale. L’ambassade du Maroc à Londres est allée jusqu’à « nier catégoriquement » que la population canine soit sacrifiée en prévision de la Coupe du monde et a défendu ce qu’elle appelle un engagement démontré en faveur d’une gestion « humaine et durable » du problème.
L’enquête comprend également des documents émanant d’une autorité locale d’une autre ville marocaine qui aurait demandé des munitions en septembre 2025 pour gérer la population de chiens errants. Il recueille également des témoignages sur des rafles et des épisodes violents avec un élément supplémentaire : l'impact social. Certains voisins décrivent la peur des « balles perdues » lors de ces opérations et le risque de banaliser les violences envers les mineurs. « Les enfants témoins des meurtres sont traumatisés », préviennent également les organisations.
Stérilisation annoncée, abattage dénoncé
PACMA rejette la lecture officielle et soutient que le Maroc utilise les publicités de stérilisation et d'identification pour projeter une image de contrôle éthique qui ne correspond pas à ce qui se passe dans la rue. Dans sa déclaration, le parti souligne que, malgré les promesses institutionnelles, des empoisonnements et des exécutions de chiens continuent d'être documentés, même en plein jour.
La formation rappelle que les associations locales et de protection appliquent depuis des années des méthodes éthiques de contrôle des populations, telles que la capture, la stérilisation, la vaccination contre la rage, l'identification et la libération. Il s’agit de la méthode bien connue TNVR. Selon la PACMA, le manque d'implication réelle des autorités explique pourquoi les mécanismes d'élimination violents continuent d'être utilisés, surtout à l'heure où le pays veut projeter une image internationale raffinée.
En outre, pour les défenseurs des droits des animaux, la stratégie d’élimination est non seulement cruelle, mais également inefficace. La recherche évoque l'argument de « l'effet vide » : en éliminant une partie de la population, l'espace est rapidement repeuplé par de nouveaux animaux, souvent non vaccinés ni stérilisés, ce qui augmente les risques sanitaires. L'Organisation mondiale de la santé a averti que les chiens errants contribuent à la transmission de la rage, mais les campagnes insistent sur le fait que la solution passe par la vaccination et un contrôle soutenu de la population, et non par les massacres.
