Detalle del Peñón de Gibraltar, en una imagen de 2023.

L'UE publie le traité sur Gibraltar que l'Espagne ne soumettra pas au Congrès et qui protège sa souveraineté britannique

La Commission européenne a rendu public le texte intégral de l'accord sur Gibraltar entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, un traité de plus de mille pages qui redéfinit les relations du Rocher avec l'espace Schengen et le marché unique après le Brexit. Le gouvernement espagnol n'envisage pas de le soumettre au vote du Congrès, car il s'agit d'un accord conclu par l'UE – avec le Royaume-Uni concernant Gibraltar – et non d'un traité bilatéral classique entre Madrid et Londres.

Le document, daté du 17 février et présenté en annexe à la décision du Conseil relative à sa signature et à son application provisoire, établit un cadre juridique complet qui élimine la clôture en tant que frontière physique, intègre Gibraltar dans une union douanière avec l'UE et établit des contrôles Schengen dans les ports et aéroports. Tout cela sous une clause centrale qui « ne préjuge pas » des positions respectives sur la souveraineté.

Clause de souveraineté : pas de concessions formelles

L’article 2 du traité stipule expressément que l’accord s’applique « sans préjudice » des positions juridiques du Royaume-Uni et du Royaume d’Espagne en matière de souveraineté et de juridiction. Il s’agit d’une formule soigneusement négociée qui, dans la pratique, préserve intacte la propriété britannique du territoire.

Du point de vue espagnol, le gouvernement défend qu'il n'y a pas de reconnaissance de la souveraineté britannique au-delà du statu quo existant. Cependant, l'architecture de l'accord consolide de facto la capacité du Royaume-Uni à continuer à exercer les relations extérieures du Rocher et à maintenir son statut politique sous la Couronne britannique, désormais avec une intégration fonctionnelle dans le cadre européen.

Fin de la barrière et contrôles Schengen avec présence espagnole

L’un des axes les plus sensibles est la suppression de « toutes les barrières physiques » à la circulation des personnes entre Gibraltar et l’espace Schengen. En échange, les contrôles d'entrée et de sortie sont transférés au port et à l'aéroport de Gibraltar.

Le traité stipule que :

  • Les autorités de Gibraltar procéderont à un premier contrôle d'entrée, suivi d'un contrôle Schengen par l'Espagne.
  • Aux sorties, l’Espagne agira en premier et Gibraltar ensuite.
  • L'Espagne exercera toutes ses fonctions conformément au code frontières Schengen.

La présence opérationnelle espagnole dans les installations du Rocher a été l'un des points les plus controversés au Royaume-Uni et dans la politique locale de Gibraltar. Le texte le configure cependant comme un mécanisme technique pour garantir l'intégrité de l'espace Schengen sans altérer le débat sur la souveraineté.

Union douanière et alignement dynamique avec l’UE

Sur le plan économique, le traité crée une union douanière entre Gibraltar et l'Union européenne. Les marchandises entrant par le Rocher doivent respecter les règles du marché intérieur, notamment celles liées aux aides d'État, aux normes réglementaires et à la lutte contre la fraude.

Le régime du tabac est particulièrement pertinent, un foyer traditionnel de tensions en raison du différentiel de taxes et de la contrebande vers le Campo de Gibraltar. L'accord prévoit des mesures spécifiques pour éviter les distorsions et protéger les intérêts financiers de l'Union.

L'un des mécanismes les plus exigeants est l'alignement dynamique : Gibraltar doit intégrer dans sa réglementation les futures normes européennes dans les domaines couverts. Si vous choisissez de ne pas le faire, le traité prévoit la possibilité de résiliation. La stabilité du nouveau cadre dépend donc du respect continu de l'acquis applicable.

Travailleurs frontaliers et cohésion territoriale

Le texte consacre un chapitre spécifique aux travailleurs frontaliers, garantissant les droits du travail et la coordination en matière de sécurité sociale pour les milliers de salariés qui traversent quotidiennement depuis Campo de Gibraltar.

De même, un mécanisme financier est prévu pour promouvoir la cohésion entre Gibraltar et la région voisine. Madrid a défendu cet instrument comme un moyen d’équilibrer les asymétries économiques historiques.

Un traité européen, pas bilatéral

L'Exécutif espagnol soutient que, puisqu'il s'agit d'un accord entre l'Union et le Royaume-Uni concernant Gibraltar, son approbation s'articule à travers des mécanismes communautaires et ne nécessite pas de ratification par les Cortes Generales. Cette interprétation juridique fera vraisemblablement l'objet d'un débat politique, compte tenu de l'importance de son contenu.

En pratique, le traité configure un modèle unique : Gibraltar reste sous souveraineté britannique, mais fonctionnellement intégré à Schengen et à une union douanière avec l’UE. Il s’agit d’une solution hybride, conçue pour éliminer la frontière physique sans modifier le différend historique.

A lire également