La batalla contra la justicia española de la organización que ‘caza’ soldados israelíes por sus acciones en Gaza

La bataille contre la justice espagnole de l'organisation qui « traque » les soldats israéliens pour leurs actions à Gaza

L'offensive judiciaire entreprise en Espagne par la Fondation Hind Rajab (HRF) contre un ancien soldat israélien accusé de crimes à Gaza s'est soldée, pour l'instant, par une impasse. Mais l’organisation – devenue l’un des acteurs les plus actifs dans la persécution internationale des soldats israéliens – a décidé de porter la question devant la Cour suprême dans une affaire qui teste les limites de la compétence universelle espagnole et la portée des obligations internationales en matière de crimes de guerre.

La procédure débute le 9 septembre 2025, lorsque HRF a déposé une plainte devant la Cour nationale contre Tameer (Tamer) Mulla, ancien sergent du 101e bataillon de parachutistes de l'armée israélienne. L'organisation lui attribue une « participation directe » à des actes qui, selon elle, constituent un génocide et des crimes de guerre lors de l'offensive israélienne à Gaza.

Un claquement de porte judiciaire à la Cour nationale

Le processus judiciaire en Espagne a été rapide et, pour le moment, infructueux pour les promoteurs de l'affaire. Le 22 septembre 2025, la Cour centrale d'enquête a rejeté la plainte. HRF a répondu quelques jours plus tard, le 1er octobre, par un appel dans lequel elle dénonçait la violation du droit à une protection judiciaire effective et soutenait que l'Espagne avait l'obligation d'enquêter ou de poursuivre le soldat israélien, surtout en l'absence d'actions concrètes contre lui devant la Cour pénale internationale (CPI).

Le ministère public s'est opposé au recours le 3 février 2026, s'alignant sur l'interprétation restrictive de la compétence. Finalement, le 2 mars, la Chambre criminelle du Tribunal national a fermé la porte : elle a rejeté le recours et confirmé le dossier pour défaut de compétence.

L'argument central du tribunal s'articule autour de l'article 23.4 de la loi organique du pouvoir judiciaire. Selon le tribunal, les tribunaux espagnols ne peuvent pas exercer leur compétence universelle dans cette affaire car l'une des conditions essentielles n'est pas remplie : l'existence d'une demande d'extradition préalable qui a été rejetée. Sans cette démarche, concluent les magistrats, l'Espagne n'a pas la compétence pour agir.

Le choc juridique : la compétence universelle

L’interprétation de la Cour nationale est précisément au cœur du conflit avec HRF. L'organisation soutient que le tribunal a inversé la logique du principe international de aut dedere aut judicare —extrader ou poursuivre—, qui oblige les États à enquêter sur les suspects de crimes internationaux présents sur leur territoire à moins qu'ils n'acceptent de les extrader.

Dans son prochain recours devant la Cour suprême, HRF défendra que l'absence de demande d'extradition ne peut pas fonctionner comme un blocage automatique de la compétence, mais bien au contraire : la compétence doit être présumée tant qu'il n'y a pas de demande formelle de remise acceptée par l'Espagne.

Pour la fondation, l'interprétation adoptée par le Tribunal national non seulement restreint la portée de la compétence universelle, mais ouvre également la porte à des espaces d'impunité dans lesquels les responsables présumés de crimes graves pourraient échapper à l'action de la justice.

La polémique autour de la Cour pénale internationale

L'autre grand axe du contentieux est l'application du principe de complémentarité de la Cour pénale internationale. La Cour nationale a fait valoir que l'existence d'enquêtes de la CPI sur la situation à Gaza limitait l'intervention des tribunaux espagnols.

HRF réfute cette lecture. Il souligne que le Statut de Rome exige une norme stricte « même personne, même comportement », ce qui implique que la compétence nationale n'est exclue que si l'individu en question fait l'objet d'une enquête. Dans cette affaire, affirme-t-il, rien ne prouve que Tameer Mulla fasse l’objet d’actions spécifiques de la CPI.

La conséquence de cette interprétation – prévient l'organisation – est la création d'un vide de responsabilité : tandis que les instances internationales se concentrent sur les hauts fonctionnaires, les exécutants directs sur le terrain resteraient hors de portée judiciaire.

Une stratégie mondiale contre l’impunité

L'organisation affirme avoir fait des progrès dans d'autres juridictions. Au Brésil, le parquet a reconnu sa compétence et a émis des ordonnances d'enquête suite à des plaintes de la fondation. Au Pérou, une enquête formelle a été ouverte, tandis qu'en Belgique, les autorités ont même arrêté des suspects israéliens.

Ces mouvements reflètent une offensive juridique coordonnée qui cherche à transformer les mouvements internationaux du personnel militaire israélien en un risque juridique constant.

Dans ce contexte, le cas espagnol revêt une importance particulière. Historiquement, l'Espagne a été l'un des pays pionniers dans l'application de la compétence universelle, avec des affaires emblématiques comme celles ouvertes contre Augusto Pinochet ou les responsables des génocides au Rwanda et au Guatemala. Toutefois, les réformes législatives de la dernière décennie ont considérablement réduit cette portée. Pour la Fondation Hind Rajab, le combat dépasse un cas précis. Il s’agit de créer un précédent : la compétence universelle est un outil efficace et non un principe rhétorique.

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