Albares rencontre le président algérien comme signe du dégel des relations après le tournant au Sahara
Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a entamé jeudi à Alger une visite officielle de deux jours qui marque le dégel progressif des relations entre l'Espagne et l'Algérie, par un geste politique de haut niveau : sa rencontre avec le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, la première du genre depuis la crise diplomatique déclenchée en 2022.
La rencontre avec Tebboune – qui relève le statut politique de la visite – intervient après une journée marquée par des contacts institutionnels avec son homologue algérien, Ahmed Attaf, qui l'a reçu au siège du ministère. Tous deux ont tenu d'abord une réunion bilatérale, puis une séance de travail prolongée avec leurs délégations respectives, au cours de laquelle ils ont souligné « la dynamique positive » que traversent les relations et leur volonté d'élargir le partenariat stratégique.
Alger a en effet communiqué sa décision de réactiver le Traité d'amitié entre les deux pays, suspendu depuis octobre 2022. « Aujourd'hui, je peux dire que l'amitié et l'association entre l'Espagne et l'Algérie sont déjà dans un nouvel état », a déclaré Albares. Pour Tebboune, cette visite est l'occasion de faire le point sur l'état des relations algéro-espagnoles et sur les « perspectives prometteuses qui s'annoncent ». Selon les Affaires étrangères espagnoles, il a été convenu de « relancer les visites, voyages et rencontres » et de commencer à travailler « maintenant » pour une Réunion de Haut Niveau (RAN) à Madrid. La dernière s'est tenue en 2018 à Alger.
Ce voyage marque le retour d'un chef de la diplomatie espagnole à Alger après le choc diplomatique provoqué par le virage de Madrid sur le Sahara occidental, lorsque le gouvernement a soutenu le plan d'autonomie du Maroc. Une crise qui a conduit au retrait de l'ambassadeur d'Algérie et au gel d'une bonne partie de la coopération bilatérale, et qui a commencé à être réorientée fin 2023 avec le retour du représentant diplomatique à Madrid.
Énergie et géopolitique au centre de l’agenda
L'agenda d'Albares est fortement marqué par le facteur énergétique. L'Algérie s'est consolidée comme le principal fournisseur de gaz de l'Espagne dans un contexte international marqué par l'escalade au Moyen-Orient et la volatilité des marchés. Le ministre espagnol prévoit également de rencontrer le patron des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, pour aborder le renforcement des approvisionnements et la coopération dans ce domaine stratégique.
Le contexte international ajoute de l'urgence aux contacts. La guerre au Moyen-Orient et les tensions dans le Golfe – avec les attaques contre les infrastructures énergétiques et la menace sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux – ont revalorisé le rôle d’Alger en tant que partenaire énergétique fiable pour l’Europe.
Dans ce scénario, les deux délégations ont échangé des analyses sur la situation régionale, avec une attention particulière sur le Moyen-Orient, le Sahel et la stabilité en Méditerranée occidentale, domaines dans lesquels l'Algérie joue un rôle clé.
Concurrence énergétique et agenda culturel
La visite d'Albares intervient également un jour seulement après le voyage à Alger de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a annoncé de nouveaux projets d'exploration d'hydrocarbures offshore pour renforcer l'approvisionnement en gaz de l'Italie, signe clair de la concurrence européenne croissante pour sécuriser l'accès aux ressources algériennes.
Au-delà de l'axe politique et énergétique, le voyage comporte également une dimension culturelle. Albares inaugurera l'Institut Cervantes à Oran, un geste qui vise à renforcer la présence espagnole et à capitaliser sur l'intérêt croissant pour la langue et la culture espagnole en Algérie.
