L'Institut des Coordonnées exige un soutien « sans réserve » à Schengen même si dix pays maintiennent des contrôles internes
L'Institut Coordonnées pour la gouvernance et l'économie appliquée a appelé mardi à un soutien « sans réserve » à l'espace Schengen et a prévenu que dix des vingt-neuf Etats membres maintenaient des contrôles réintroduits à leurs frontières intérieures.
Cela se reflète dans un rapport spécial intitulé Schengen ne se défend pas en le fermantqui soutient que la menace qui pèse aujourd’hui sur l’espace de libre circulation ne vient pas de sa frontière extérieure, mais de l’érosion progressive de son intérieur.
Rappelons que le 2 juin, la Commission européenne a rendu des avis sur les contrôles notifiés par l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la France, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède, et a demandé leur levée progressive. Le code frontières Schengen oblige la Commission à statuer lorsque ces contrôles dépassent douze mois pour le même motif.
Selon l'Institut, le problème n'est pas l'existence de ces contrôles, pleinement prévus par la norme, mais leur permanence : des instruments conçus comme une exception sont devenus partie intégrante du paysage ordinaire de la mobilité européenne au fil d'extensions successives qui reproduisent année après année les mêmes raisons.
Le rapport estime le coût économique de la fragmentation, sur la base d'études commandées par le Parlement européen, qui le situe entre 5 et 18 milliards d'euros par an, porte à 51 milliards l'impact d'une interruption de deux ans et estime qu'une Europe sans Schengen entraînerait une baisse de 0,14% du PIB de l'Union, soit environ 230 milliards par an.
Face à ce diagnostic, l'ouvrage affirme que la frontière extérieure commune « fonctionne » et apporte des données. Le système d'entrée et de sortie est devenu pleinement opérationnel le 10 avril 2026, enregistrant plus de 60 millions d'entrées et de sorties de ressortissants de pays tiers au cours de ses six premiers mois et permettant de refuser l'entrée à 32 000 personnes. Frontex, de son côté, est passée d'un budget de 460 millions d'euros en 2020 à une moyenne annuelle proche de 900 millions, avec une force permanente prévue de 10 000 militaires en 2027.
« Il n'y a pas de manque de capacités, il y a un manque de confiance »
Le vice-président exécutif de l'Institut, Jesús Sánchez Lámbas, a déclaré qu'« aucun espace de liberté n'est défendu en le supprimant » et a soutenu que chaque contrôle interne prolongé indéfiniment « ne renforce pas la sécurité européenne : il érode le bien qu'il prétend protéger ».
Sánchez Lámbas a exigé un accord institutionnel d'une durée maximale de vingt-quatre mois pour rétablir la pleine validité de la libre circulation intérieure, accompagné d'un renforcement vérifiable de la frontière extérieure commune.
Le rapport consacre une section spécifique à la convergence institutionnelle enregistrée autour de la frontière du détroit et met en avant la tribune publiée par Lahcen Haddad, président de la Commission parlementaire mixte Union européenne-Maroc, vice-président de la Chambre des conseillers du Parlement marocain et ancien ministre, qu'il qualifie de « lecture la plus rigoureuse formulée à ce jour » sur la crise de Ceuta.
L’Institut souligne que Haddad a également rejeté le récit d’une opération hybride délibérée et celui d’une conspiration géopolitique avec la participation d’États tiers, et que sa conclusion sous-jacente – selon laquelle les pressions migratoires sont structurelles et non épisodiques – coïncide avec la thèse centrale du rapport. « Le principal argument contre la fermeture de Schengen n'a pas été formulé cette semaine par un Etat membre, mais par un leader parlementaire de la rive sud », indique le document.
L'ouvrage propose dix mesures, dont une analyse d'impact obligatoire et publiée pour tous les contrôles internes dépassant douze mois, une clause qui empêche un État de suspendre la libre circulation à l'égard d'un autre sans avis préalable de la Commission et un pacte d'État espagnol sur les frontières extérieures.
