L’armée danoise au Groenland : le déploiement qui défie Trump
Les premières recrues danoises débarquent cette semaine au Groenland pour entamer une étape inédite dans la défense de leur territoire dans le cercle polaire arctique. Le gouvernement danois entame ainsi son nouveau programme de militarisation, dans le cadre duquel les citoyens danois de plus de 18 ans en provenance du continent doivent effectuer un séjour de formation d'un mois. Copenhague a décidé de déployer ses conscrits sur la grande île du Nord, territoire autonome dans le cadre juridique danois, dans le cadre des manœuvres de la Résistance arctique. Cette stratégie vise à certifier la présence active du royaume dans la zone et à réaffirmer sa souveraineté dans le Grand Nord (terme géopolitique et géographique qui désigne la région arctique et ses zones subarctiques proches).
Depuis que Donald Trump a placé le Groenland sur le devant de la scène internationale en évoquant ouvertement la possibilité d’acheter l’île, motivé par ses réserves de terres rares et sa position géostratégique clé, le Danemark a dû rehausser la visibilité de sa présence militaire sur le territoire. Le dégel progressif du pôle ouvre non seulement des routes maritimes commerciales d’une valeur énorme, mais a fait du Grand Nord un scénario stratégique clé, la Russie rouvrant ses bases et la Chine tentant de gagner du poids économique dans la région. Washington dispose déjà de la base aérienne stratégique de Pituffik (anciennement Thulé) sur le sol groenlandais, mais Copenhague cherche à démontrer que l'île reste sous son administration.
Ce mouvement est la première mesure tangible de la profonde réforme du service militaire danois, promue après la détérioration de la sécurité européenne. L'exécutif danois a étendu la formation de quatre à onze mois et a égalisé les conditions pour les deux sexes, en introduisant la conscription obligatoire pour les femmes, sur le modèle des pays voisins comme la Norvège et la Suède. Même si le système prévoit un tirage au sort s'il n'y a pas de candidats, ce premier contingent envoyé dans l'Arctique est entièrement constitué de volontaires, dont 20 % de femmes. L'objectif final de la réforme est d'augmenter le contingent annuel de 4 500 à 6 500 recrues.
La mesure laisse ouverte un paradoxe : les habitants indigènes du Groenland et des îles Féroé sont légalement exemptés du service militaire. Ce seront donc des jeunes arrivant de la péninsule du Jutland et des îles danoises qui patrouilleront les glaces arctiques au cours des prochaines semaines. Avec une présence opérationnelle intégrée sur le flanc nord de l'OTAN, Copenhague répond aux ambitions des superpuissances avec un postulat clair : la souveraineté sur le Grand Nord n'est pas négociable.
