Le Maroc agite une nouvelle fois la question de Ceuta à travers les liens religieux
La crise provoquée par l'arrivée de milliers d'immigrants à Ceuta en provenance du Maroc continue de faire parler d'elle des deux côtés du détroit. En territoire alaouite, les évocations de ce qui s'est passé il y a près d'un mois parmi les membres du gouvernement ont été plus discrètes, à l'exception du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui a défendu il y a quelques jours les « droits historiques et géographiques » de son pays sur Ceuta et Melilla. Mais les allusions au caractère marocain de ces deux villes espagnoles n’en finissent pas.
Ce lundi, le monde musulman a célébré en grande pompe le Mawlid, l’anniversaire du prophète Mahomet. Au Maroc, le point central de ces célébrations a été le palais royal de Rabat, où Mohamed VI a présidé les célébrations pour marquer l'occasion. Au début, on pensait que le monarque alaouite pourrait se rendre à Castillejos, près de la frontière avec Ceuta, pour la célébration, mais il a finalement opté pour le confort du palais.
De là, son ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, a prononcé quelques paroles à caractère religieux. Toutefois, les événements de ces derniers jours ne sont pas passés inaperçus auprès du responsable marocain, qui n'a pas manqué l'occasion d'évoquer Ceuta.
Toufiq a fait référence dans son discours à Cadí Ayyad, né à Ceuta à l'époque almoravide et qui fut le grand imam de la ville. Il a également mentionné Ibn Azafa, un autre chef spirituel islamique qui dirigeait la ville espagnole au milieu du XIIIe siècle. Au cours de son sermon, le ministre des Affaires islamiques a souligné que les deux personnalités étaient des « savants de la ville de Ceuta ».
Par ailleurs, le ministre de Mohamed VI a fait référence à un célèbre livre de prières musulmanes écrit par l'imam El Jazuli, un saint marocain. « Ce livre a été un emblème pour les Marocains dans leur mobilisation pour libérer les villes occupées de l'océan Atlantique au début de l'ère moderne », a-t-il déclaré, faisant allusion aux tentatives de conquête des enclaves espagnoles d'Afrique du Nord par les sultans marocains.
Même si les propos du représentant du gouvernement marocain n'ont pas été aussi forts que ceux du chef de la Justice, l'objectif est le même : faire allusion au caractère marocain des villes espagnoles d'Afrique du Nord. Certains journalistes et analystes marocains, comme Samir Bennis, les ont qualifiés de « sonnette d'alarme » pour que notre pays dise « assez » des prétendus « mensonges sur l'histoire coloniale de Ceuta et Melilla ».
En ce sens, à travers ses réseaux, l'analyste a rappelé aux Espagnols que « même si certains tentent de soutenir que Ceuta et Melilla ont toujours été espagnoles, pour le Maroc, elles ne sont ni plus ni moins qu'un vestige du colonialisme européen sur le territoire marocain, dont la situation historique reste en attente de résolution ». Et de souligner : « Le Maroc semble rappeler aux Espagnols que le fait qu'ils aient choisi de laisser cette question en marge de l'agenda bilatéral ne signifie pas qu'ils ont renoncé à leur position historique ».
