Eizenkot, le général honnête qui défie Netanyahu aux élections
Il vient de donner à son parti un nom qui vise à le définir : Yashar (honnête, droit). Le général Gadi Eisenkot (Tibériade, 1960) va défier le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aux élections législatives du 27 octobre. Pour la première fois depuis un demi-siècle, un gouvernement termine son mandat en Israël, mais Netanyahu a subi beaucoup d'usure. Dans le dernier sondage de la Douzième chaîne, 43 % des Israéliens interrogés sont favorables à Eisenkot comme Premier ministre et seulement 34 % préfèrent Netanyahu.
Mais en Israël, le Premier ministre n’est pas élu directement et, compte tenu du système électoral, la formation de coalitions est nécessaire. Pour l’instant, le bloc anti-Netanyahu disposerait de 59 sièges, soit deux de moins que la majorité nécessaire. Netanyahu et ses alliés comptent 51 députés. Les partis arabes, qui ne font traditionnellement pas partie de coalitions, remporteraient les 10 autres sièges jusqu'à atteindre 120 à la Knesset. Yashar dépasserait le Likoud d’un député (23 contre 22).
S’il est difficile de savoir ce qui va se passer en raison de la formation complexe des coalitions, le général Eisenkot apparaît comme le mieux placé pour diriger le camp anti-Netanyahu. La coalition Ensemble, composée des centristes Yair Lapid et Naftali Bennet, compterait 16 députés, selon le sondage de la Douzième chaîne.
L'ennemi juré de Netanyahu
Gait Eizenkot est l’ennemi juré de Benjamin Netanyahu. Fils d'immigrés juifs marocains, il est issu d'une famille ouvrière et a passé quatre décennies dans l'armée. Il faisait partie du cabinet de guerre de Netanyahu mais a démissionné en 2024 en raison de divergences dans la manière dont l'opération à Gaza a été menée. Il a envoyé une lettre ferme aux autres membres du cabinet pour critiquer l'opération. Netanyahu affirme que s’il l’avait écouté, le Hamas continuerait de dominer Gaza.
Eizenkot, qui était chef d'état-major, accuse Netanyahu d'avoir commis des erreurs stratégiques après les attentats du 7 octobre 2023. Il lui reproche également sa politique qui a isolé Israël, ce qui affaiblit le pays.
Contrairement à Netanyahu, il ne se vante pas d’être proche de Donald Trump et ne parle pas non plus couramment l’anglais. Mais, comme beaucoup d’Israéliens, il sait ce que c’est que de perdre ses proches dans une guerre. Son fils Gal Meir Eisenkot a été tué au combat à Gaza en décembre 2023. Il avait 25 ans. Il a également perdu deux neveux qui combattaient le Hamas.
« Les gens lui font confiance comme quelqu'un d'authentique et de patriote. Ils attendent de lui qu'il s'occupe du pays et non de lui-même », explique le chercheur Gideon Rahat, sur France24. « Il n'est pas polarisant, ce n'est pas un populiste comme Netanyahu, et il tentera d'unifier le pays », a ajouté Rahat. D’autres analystes affirment qu’il gagne du soutien parce qu’il se présente comme le reflet de l’Israélien ordinaire. Netanyahu serait plus représentatif de l’élite.
Le service militaire pour tous
Dans son programme, il défend que le service militaire est une obligation pour tous. Aujourd’hui, les communautés ultra-orthodoxes sont libérées. Alors que Netanyahu s’est tourné vers ses représentants politiques pour survivre, ceux-ci ont conservé ce privilège. Eizenkot veut mettre fin à cette distinction. Parmi les Israéliens qui considèrent avoir beaucoup sacrifié au cours de ces années, la devise du général « service pour tous » pourrait avoir du succès. Il assure qu'il ne cédera pas sur ce dossier.
« Le 27 octobre sera la victoire de ceux qui servent, des sionistes, de ceux qui travaillent, de ceux qui se sont sacrifiés et continuent de se sacrifier pour notre pays. Israël doit gagner et gagnera ! » il a écrit sur son compte X.
Netanyahu ne peut jamais être considéré comme un perdant. Il a montré qu’il était capable de s’allier au diable pour survivre politiquement. Il est rusé et sait naviguer dans les sables mouvants. Mais il affrontera un militaire rayé, avec une histoire personnelle qui montre à quel point il s'est sacrifié pour son pays. Si les calculs électoraux le permettent, Eizenkot aura sa chance.
