Le Polisario demande à l'Espagne de cesser de « se soumettre au chantage humiliant du Maroc » alors qu'elle finalise la nouvelle bataille juridique contre l'UE
Le Front Polisario charge à nouveau l'Espagne quelques jours après la réunion de haut niveau entre Madrid et Rabat. Le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Polisario, Brahim Ghali, exige que l'UE cesse de « se soustraire honteusement » aux arrêts de sa propre Cour de justice et que l'Espagne assume sa responsabilité en tant que puissance administrative de jure et cesse de se soumettre « de manière humiliante au chantage marocain ».
Ghali a fait ces affirmations à l'ouverture de la huitième session ordinaire du Secrétariat national du Front, au moment où l'Union européenne a ouvert la voie à l'application provisoire du nouvel accord commercial avec le Maroc – qui étend les préférences tarifaires aux produits du Sahara occidental – et où le Polisario annonce une nouvelle offensive judiciaire.
En octobre 2024, la Cour de justice de l'Union européenne a annulé l'accord agricole entre Rabat et Bruxelles faute de consentement du peuple sahraoui. Mais la décision n'a pas arrêté les États membres, qui ont approuvé un an plus tard, par écrit et sans débat, une version modifiée qui maintient les préférences commerciales en vigueur et tente de contourner les exigences en matière d'étiquetage des produits sahraouis établies par la justice communautaire.
Un nouveau recours contre Bruxelles
Les critiques de Ghali visent également le gouvernement espagnol, auquel il rappelle son rôle de « pouvoir administratif de jure ». Dans son discours, le leader sahraoui a reproché à l'exécutif du Sánvhez son « alignement flagrant avec la politique expansionniste et cupide du Maroc », une stratégie qui, selon lui, « menace tous les voisins du royaume, y compris l'Espagne elle-même ».
Dans une récente interview avec L'IndépendantOubbi Buchraya, conseiller spécial du secrétaire général du Polisario pour les ressources naturelles et les affaires juridiques, a confirmé que le mouvement présentera un nouveau recours plus tard ce mois-ci devant le Tribunal général de l'UE, première instance compétente dans ces affaires.
Le recours porte sur l'application provisoire de l'accord modifié. « Clairement », répond Buchraya lorsqu'on l'interroge sur la possibilité d'une nouvelle annulation. Selon lui, le processus de négociation révèle des comportements « inexplicables » :
« La Commission a obtenu l'approbation le 10 septembre et a confirmé l'accord le 15. Personne ne peut comprendre comment un accord d'une telle ampleur, avec ses implications politiques, diplomatiques et économiques, peut être négocié en seulement cinq jours. »
Pour Buchraya, tout indique que la Commission négociait discrètement avec Rabat depuis des mois depuis l'arrêt de 2024. En outre, il critique le fait que les États membres ont eu recours à un vote écrit qui évite le débat politique et que le Parlement européen a été exclu grâce à la formule d'application provisoire.
Le conseiller juridique du Polisario dénonce également le recours à la notion de « consentement implicite », prévue comme exception dans la jurisprudence européenne et fondée sur des bénéfices « concrets, substantiels, vérifiables et proportionnés » pour la population sahraouie.
Selon lui, l’UE et le Maroc ont détourné cette exigence pour légitimer un accord contraire au droit : « Au lieu d’adapter la réalité de l’accord à la loi, ils ont choisi d’adapter la loi à la réalité de l’occupation. »
L'exemple le plus clair, soutient-il, est l'utilisation par la Commission des noms administratifs marocains – El Aaiún-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab – pour désigner les zones occupées du Sahara occidental. «C'est embrasser le lexique administratif de l'occupation marocaine», glisse-t-il.
