« Nous avons beaucoup de choses à dire »
Le président des États-Unis, Donald Trump, a évité vendredi de commenter les informations qui font état d'une éventuelle accusation formelle contre l'ancien président cubain Raúl Castro pour la destruction de deux petits avions appartenant à l'organisation Frères au Secours en 1996, dans un contexte marqué par de nouvelles sanctions américaines, des contacts diplomatiques sans précédent et des coupures de courant massives sur l'île.
« Je ne veux pas faire de commentaire à ce sujet. Laissons le ministère de la Justice le commenter », a répondu Trump aux questions des journalistes à bord d'Air Force One revenant de son voyage de Chine. Le président s'est limité à déclarer que « les Cubains ont besoin d'aide » et a ajouté que les deux pays ont « beaucoup de choses à dire sur Cuba ».
La possibilité d'une accusation formelle a été avancée jeudi par la chaîne CBS, qui citait des sources proches du dossier. Selon ces informations, le ministère de la Justice envisage d'inculper Raúl Castro pour la destruction de l'avion Brothers to the Rescue dans les eaux internationales, un incident au cours duquel quatre personnes ont perdu la vie et qui a provoqué une grave crise diplomatique entre les deux pays il y a près de trois décennies.
Un dialogue forcé
L’éventuelle action en justice ferait partie de la stratégie de pression promue par l’administration Trump contre le gouvernement de Miguel Díaz-Canel, qui comprend depuis janvier un blocus pétrolier et de nouvelles sanctions économiques et financières. Bien que Raúl Castro, 94 ans, ait quitté la direction du Parti communiste en 2021, il est toujours considéré comme une figure influente au sein de l'appareil politique cubain.
L'information sur l'éventuelle accusation a coïncidé avec la visite inhabituelle à La Havane du directeur de la CIA, John Ratcliffe, qui a eu des réunions avec des responsables du ministère cubain de l'Intérieur et avec Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de l'ancien président et conseiller à la sécurité.
Selon la version américaine, Ratcliffe a fait savoir aux autorités cubaines que Washington était disposé à explorer un dialogue plus large sur les questions économiques et de sécurité, bien que conditionné à des « changements fondamentaux » de la part du régime cubain. La Havane a confirmé la rencontre et assuré que ses représentants ont insisté sur le fait que Cuba « ne constitue pas une menace à la sécurité nationale des États-Unis » et ne soutient pas d'activités terroristes.

Blocage des transports maritimes et nouvelles pannes d’électricité
Le rapprochement diplomatique intervient cependant à l’un des moments de plus grande détérioration des relations bilatérales depuis des décennies. Washington a renforcé les sanctions par un nouveau décret signé le 1er mai, qui menace de geler les avoirs sur le territoire américain de personnes ou d'entités liées au gouvernement cubain ou au conglomérat militaire Gaesa.
Les conséquences de ces mesures commencent également à affecter le commerce maritime. Les compagnies maritimes internationales Hapag-Lloyd et CMA CGM ont temporairement cessé d'accepter de nouvelles réserves liées à Cuba le temps d'analyser la portée des sanctions américaines. Le secteur du transport maritime entretient une relation directe avec Gaesa, qui contrôle les ports, les terminaux et les services douaniers de l'île.
En parallèle, la crise énergétique cubaine continue de s’aggraver. L'entreprise publique Unión Eléctrica prévoit pour ce vendredi des coupures simultanées qui affecteront jusqu'à 51% du pays, après avoir atteint un record jeudi avec des coupures qui ont touché simultanément 70% du territoire.
La situation est particulièrement grave dans l'est de Cuba, où de vastes zones de Santiago de Cuba, Granma et Guantanamo restent déconnectées du réseau électrique national après une panne signalée cette semaine. Le gouvernement cubain a reconnu que le pays manque actuellement de suffisamment de diesel et de fioul pour soutenir la production d’électricité.

Soutien russe
Les autorités attribuent l'aggravation de la crise au durcissement des sanctions américaines et au blocus pétrolier imposé par Washington depuis le début de l'année, tandis que les experts soulignent également des problèmes structurels accumulés depuis des décennies, comme la détérioration des centrales thermoélectriques et le manque d'investissements.
Les pénuries de carburant et les coupures d’électricité prolongées ont alimenté les troubles sociaux. Ces derniers jours, de petites manifestations, des coups de pot et des incendies de conteneurs ont été signalés à La Havane et à Santiago de Cuba.
Dans ce scénario, la Russie a réitéré ce vendredi son soutien politique et matériel à l'île. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait part à son homologue cubain Bruno Rodríguez de la volonté de Moscou de soutenir Cuba face aux sanctions américaines et a réitéré son rejet des mesures coercitives unilatérales.
