100 millions d'euros pour le port de Dakhla
Dans un geste de haute symbolique politique et économique, l'Agence française de développement (AFD) a annoncé jeudi l'octroi d'un prêt de 100 millions d'euros à l'Agence nationale des ports (ANP) du Maroc pour financer des projets d'infrastructures dans les territoires occupés du Sahara occidental, l'ancienne colonie espagnole en attente de décolonisation.
L'annonce a été faite par Bertrand Walckenaer, directeur général adjoint de l'AFD, lors du forum économique franco-marocain tenu à Dakhla, la ville que Rabat présente comme la future porte atlantique du Royaume et qu'elle tente de promouvoir comme destination touristique. L'événement, organisé par les associations patronales CGEM et MEDEF, a rassemblé plus de 300 hommes d'affaires français, parmi lesquels des représentants des sociétés Safran, Engie, Accor et Azura, intéressés par les secteurs des énergies renouvelables, de l'agriculture et du tourisme.
« Nous allons accorder 100 millions d'euros à l'ANP pour financer des investissements dans plusieurs ports des provinces du sud du Maroc, visant la décarbonation et la modernisation des infrastructures », a indiqué Walckenaer. Le gestionnaire a souligné le rôle stratégique du port de Dakhla Atlantique, actuellement en construction, et a annoncé que le programme démarrerait en 2026.
Contre l'arrêt de la CJUE
Par ailleurs, l'AFD négocie avec les autorités locales pour soutenir un projet de développement des services de base dans les domaines de l'éducation, de l'eau et de l'énergie, secteurs dans lesquels Paris cherche à renforcer sa présence dans les territoires occupés, au mépris de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne qui a annulé l'année dernière les accords commerciaux, les considérant comme un pillage des ressources naturelles du Sahara.
De son côté, l'ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, a réaffirmé le soutien de son pays aux entreprises françaises qui investissent dans la région et a évoqué les propos d'Emmanuel Macron, qui avait déclaré en juillet 2024 que « le présent et l'avenir du Sahara occidental s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Lecourtier a ajouté que la France « encouragera et accompagnera » les compagnies françaises dans leur débarquement dans l'ancienne colonie espagnole.
Le forum a été critiqué par les organisations sahraouies de défense des droits de l'homme. Le Mécanisme de coordination de l'action militante à Dakhla occupée a considéré que l'initiative française est « une nouvelle provocation qui constitue une violation flagrante du droit international et un mépris des arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne et du Conseil supérieur de la magistrature français » ainsi qu' »une tentative manifeste de donner une légitimité économique à l'occupation marocaine du Sahara occidental ».
« La participation des institutions économiques officielles françaises à ce forum représente une complicité directe dans le soutien à l'occupation marocaine, qui révèle l'hypocrisie et le double standard de la position française, qui proclame son adhésion au droit international et aux droits des peuples, alors qu'en pratique elle viole ces mêmes principes et légitime le pillage et l'annexion », affirme le groupe sahraoui. « Nous tenons le gouvernement français et le Maroc pleinement responsables de toutes les conséquences politiques et juridiques de cette mesure provocatrice, et nous réaffirmons que tous les accords et contrats signés sur le territoire du Sahara Occidental occupé sont nuls et non avenus au regard du droit international et des arrêts des tribunaux européens. » « Tout parti qui participe à de telles activités se place du côté de la complicité avec l'occupation marocaine », indique le communiqué.
L’aval français et sa signification politique
Le prêt de l'AFD s'ajoute à une ligne de financement plus large destinée aux « provinces du sud » du Maroc, terme par lequel le régime alaouite désigne le Sahara occupé. En mai 2025, l'agence avait déjà communiqué son intention d'investir 150 millions d'euros dans la région. Ensuite, le patron de l'agence française, Rémy Rioux, s'est rendu à El Aaiún, la capitale administrative du territoire, pour présenter les projets de développement.
Le controversé port atlantique de Dakhla est l'une des infrastructures emblématiques du plan marocain de développement du Sahara occidental, alors que 50 ans se sont écoulés depuis l'occupation du territoire. Avec un investissement de plus de 1,2 milliard d'euros, le régime alaouite le projette comme une plateforme logistique pour relier le Maroc à l'Afrique de l'Ouest. Le soutien français intervient quelques semaines avant la résolution attendue du Conseil de sécurité sur l'avenir de la MINURSO, la mission des Nations Unies chargée d'organiser le référendum d'autodétermination au Sahara occidental.
