Blocus redéfinit la mobilisation et infecte différents courants idéologiques
Ce qui a commencé comme un appel diffusé via les profils TikTok a fini par devenir un phénomène qui dépasse déjà les frontières espagnoles et a mis en alerte les forces de sécurité de plusieurs villes européennes. Le mouvement « Blocus », qui utilise les réseaux sociaux et les groupes de messagerie privée pour organiser des mobilisations et diffuser des appels à la violence, a déployé un important dispositif policier qui a déjà permis plusieurs arrestations, près de 3 000 identifications, la fermeture de quatre Télégramme qui a rassemblé plus de 3 000 utilisateurs et la surveillance d'une dizaine d'autres.
Les différentes autorités se sont mises au travail et l'Unité de référence Internet de l'Union européenne (EU IRU), intégrée à la structure d'Europol, a coordonné une journée d'action internationale dirigée contre les réseaux et organisations extrémistes violents opérant dans les environnements de jeux en ligne. L'intervention a eu la participation directe d'unités de police spécialisées d'Espagne et de 16 autres pays. Au cours de l'opération, les enquêteurs ont réussi à identifier et à envoyer aux sociétés de gestion plus de 9 000 liens contenant du matériel de propagande violente et des idéologies radicalisées.
La diffusion de ces contenus ne se limitait pas à un espace isolé, mais englobait un réseau de 47 plateformes numériques, parmi lesquelles figuraient les réseaux sociaux et les jeux vidéo et qui incluait une propagande qui ne se limitait pas à un seul courant idéologique : terrorisme djihadiste, courants d’extrême droite, d’extrême gauche et anarchistes se sont réunis à cette occasion dans un même objectif : les émeutes.
La priorité fondamentale avec laquelle cette initiative a fonctionné était de neutraliser la production et l’échange de matériel transféré par ces canaux ainsi que l’exploitation de groupes et de réseaux qui utilisaient des jeux de rôle en direct – connus sous le nom de LARP – pour propager des discours extrémistes et promouvoir différentes activités terroristes.
jeux de rôle
Les enquêtes menées par les autorités de l'Union européenne ont révélé le mode opératoire par lequel ces communautés extrémistes exploitent les espaces virtuels dans un environnement où les jeux vidéo et les interactions en ligne, les groupes radicaux se consacrent à reproduire minutieusement les symboles, les structures organisationnelles et les récits des gangs où les groupes terroristes trouvent leur terreau.
Les sessions de jeu qu'ils organisent sont orientées vers la recréation d'attaques réelles et d'événements violents d'importance historique, en assignant aux participants l'interprétation explicite des rôles en tant que membres desdites cellules ; quelque chose qui agit comme un catalyseur direct dans les processus de radicalisation en présentant des discours extrémistes dans une dynamique ludique. Tout cela se traduit par le recrutement de nouveaux adeptes, notamment des jeunes et des mineurs.
En ce sens, le travail de détection et de signalement réalisé par l'EU IRU a été décisif pour interrompre, dans la mesure du possible, le flux de matériel extrémiste sur le réseau, désactiver le recrutement de membres et empêcher la planification ou l'exécution future d'actes de violence.
Cadre d’action européen et stratégie ProtectEU 2026
Le déploiement opérationnel développé par Europol n'est pas un événement isolé, mais s'appuie sur le fond d'une journée précédente de reportage sur ce même phénomène réalisé au cours de l'année 2025. Une action qui fait partie du programme permanent de l'UE IRU destiné à stopper systématiquement les différentes manifestations de propagande terroriste et d'incitation à la violence dans la sphère numérique.
Dans le même temps, cette intervention répond à l'analyse des menaces émergentes incluse dans le rapport d'évaluation EU TE-SAT 2026 préparé par Europol, une initiative qui est directement alignée sur les axes prioritaires établis dans l'agenda ProtectEU : « Agenda pour prévenir et combattre le terrorisme » de la Commission européenne, un document qui souligne la nécessité urgente de renforcer la collaboration avec l'industrie du jeu vidéo. Grâce au réseau de jeux en ligne Europol, l'EU IRU traduit ces objectifs stratégiques communautaires en actions policières concrètes dans le domaine numérique.
La scène en Espagne
L'utilisation d'environnements virtuels pour favoriser les perturbations dans l'espace physique a atteint l'Espagne à travers le réseau anonyme « Blocus ». Comme déjà signalé L'Indépendant, Ce mouvement, dont le nom dérive du français « blocus » et rappelle les manifestations de jeunes en France, a canalisé des appels violents dans diverses villes à travers des réseaux sociaux massifs tels que Tik Tok et des canaux de messagerie privés.
La gravité de ces appels a conduit la ministre de l'Intérieur de la Generalitat de Catalogne, Núria Parlon, à exiger publiquement la fermeture de ces canaux de messagerie destinés à inciter les jeunes à commettre des délits. Cependant, les administrateurs ont réagi en ouvrant de nouveaux chats tels que BLOCUS-BCN-2 et en se moquant des mesures de blocage, tout en distribuant des slogans invitant les participants à porter des vêtements noirs et des masques d'Halloween afin d'entraver le travail des forces de sécurité. Pour organiser les altercations, le réseau a fixé un premier point de rendez-vous pour ensuite envoyer via des chats privés les emplacements des « magasins unblue », terme utilisé pour désigner les commerces dépourvus de surveillance policière.
Les administrateurs ont tenté d'éviter d'éventuelles conséquences criminelles en incluant dans les biographies de leurs chaînes un message dans lequel ils affirmaient que toutes les informations diffusées appartenaient à un « jeu de réalité virtuelle » dont ils n'assumaient pas la responsabilité.
De plus, et comme l'annonce ce journal, grâce à une analyse de renseignement de la société Golden Owl, l'activité du réseau était localisée dans au moins 12 villes espagnoles. Compte tenu de l'extension territoriale et de la complexité du phénomène, les équipes d'investigation des Mossos d'Esquadra enquêtent sur les liens entre les altercations dans différentes provinces, tandis que des sources judiciaires suggèrent que le dossier global du réseau « Blocus » pourrait finir par être repris par le Tribunal national.
