Est-ce un enlèvement ? La loi répond
Compte tenu de la « capture » du président vénézuélien Nicolás Maduro par l’unité d’élite américaine Delta Force, une question centrale se pose : ce que le droit international autorise – et ce qui l’interdit – en particulier le système juridique des Nations Unies.
Un État peut-il capturer le dirigeant en exercice d’un autre pays ?
Non. En droit international public, la capture d’un chef d’État en exercice par un autre État est, en principe, illégale et contraire aux principes fondamentaux de l’Organisation des Nations Unies.
Le paragraphe 4 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies interdit expressément le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. Une opération de capture effectuée sans le consentement de l’État affecté relève, juridiquement, de cette interdiction.
Philippe Sands, professeur de droit international à l'University College London, explique dans des ouvrages tels que Monde sans loi et Rue Est Ouest que le système international repose sur la souveraineté des États et l’égalité juridique entre eux. Arrêter le chef de l'Etat d'un autre pays sans son consentement constitue une grave violation de ce principe, souligne-t-il.
Pourquoi serait-ce illégal selon le droit de l’ONU ?
Parce qu’elle viole trois principes centraux de l’ordre juridique international consacrés par les Nations Unies.
Tout d’abord, le principe de la souveraineté des États, contenu à l’article 2, paragraphe 1, de la Charte des Nations Unies. Deuxièmement, l'interdiction du recours à la force, établie au paragraphe 4 de l'article 2. Troisièmement, le principe de non-intervention dans les affaires intérieures des États, développé par la résolution 2625 de l'Assemblée générale, connue sous le nom de Déclaration relative aux principes du droit international relatifs aux relations amicales entre les États.
Cette protection s’étend-elle également au président vénézuélien ?
Oui. D’un point de vue juridique international, Nicolas Maduro, en tant que chef d’État par intérim, jouit d’une immunité personnelle absolue face aux juridictions pénales étrangères.
Cette immunité, connue sous le nom d'immunité ratione personae, a été reconnue par la Cour internationale de Justice – la principale instance judiciaire de l'ONU – dans des affaires telles que Yerodia (République démocratique du Congo c. Belgique), où il a été établi que les chefs d'État en exercice ne peuvent être arrêtés par des tribunaux étrangers.
Dans Droit pénal international (Oxford University Press), Antonio Cassese, ancien président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, établit que le droit international ne fait pas de distinction entre présidents « légitimes » et « illégitimes », selon les appréciations politiques. Tant qu’un dirigeant exerce effectivement les fonctions de chef de l’État, il est protégé par l’immunité personnelle, souligne-t-il.

Existe-t-il des exceptions reconnues par le système des Nations Unies ?
Ils sont très limités et strictement réglementés.
Une exception est le consentement du propre Etat du chef de l'Etat, qui est extrêmement improbable. Une autre raison est l'existence d'un mandat d'arrêt émis par une cour pénale internationale ayant une compétence valide, telle que la Cour pénale internationale, agissant conformément au Statut de Rome et aux mécanismes de coopération prévus.
Même dans ce cas, l'exécution d'une arrestation doit être effectuée selon les procédures légales établies et non par des actions unilatérales de force en territoire étranger.
Les États-Unis peuvent-ils agir unilatéralement ?
Pas légalement. Une opération de capture menée par les États-Unis sur le territoire d'un autre État, sans autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU ni consentement de l'État concerné, constitue une violation de la Charte des Nations Unies.
Le seul organe de l'ONU ayant le pouvoir d'autoriser le recours à la force est le Conseil de sécurité, conformément au Chapitre VII de la Charte. En dehors de ce cadre, toute action coercitive est illégale. Il n’existe aucune base juridique permettant à un État d’agir en tant que juge et policier mondial. Ce serait un revers pour la droite du plus fort, prévient Sands.

Cela peut-il être qualifié d’enlèvement au regard du droit international ?
D'un point de vue juridique, oui. La privation de liberté d'un chef d'État protégé par l'immunité, effectuée de manière coercitive et sans base juridique internationale, peut être qualifiée d'enlèvement au sens du droit international.
De plus, cela s'inscrit dans la notion de détention arbitraire, interdite par le Pacte international des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques, et constitue un acte internationalement illicite qui engendre la responsabilité internationale de l'État qui l'exécute.
Existe-t-il des précédents qui soutiennent une capture de ce type ?
Des cas comme ceux de Manuel Noriega – le dirigeant du Panama également « capturé » par les États-Unis le 3 janvier 1990 et initialement condamné à 40 ans de prison -, d'Adolf Eichmann ou de Saddam Hussein sont fréquemment cités. Cependant, les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas de précédents juridiques applicables. Dans Le doux civilisateur des nationsMartti Koskenniemi, ancien juge de la Cour internationale de Justice, critique cet usage sélectif des précédents. Les précédents invoqués sont généralement juridiquement incomparables. Les utiliser comme justification relève plus d’un argument politique que juridique, dénonce-t-il.
Quelles conséquences a une capture illégale selon le système onusien ?
Les conséquences peuvent inclure la responsabilité internationale de l'État ravisseur, des plaintes devant la Cour internationale de Justice, des condamnations dans les organes politiques de l'ONU, la rupture des relations diplomatiques et un risque d'escalade régionale ou internationale.
Du point de vue du droit international et du système juridique des Nations Unies, la réponse est sans équivoque. Capturer le président d’un autre pays sans autorisation internationale est illégal. Cela viole la souveraineté de l’État, l’interdiction du recours à la force et l’immunité du chef de l’État, et peut être légalement qualifié d’enlèvement. Le débat, soulignent les experts, n’est pas politique mais juridique, et le droit international des Nations Unies présente peu d’ambiguïtés à cet égard.
