Le Maroc menace de « tensions récurrentes » si « l'aveuglement stratégique » de l'Espagne persiste
La réponse du Maroc aux réactions après la publication de 40 documents sur l'assaut de Ceuta le 30 juillet a été longue à venir, mais elle est enfin arrivée. Et cela sous la forme d'une déclaration du ministre alaouite des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dans laquelle il s'est montré particulièrement critique à l'égard des hommes politiques et des médias qui, en raison d'un « aveuglement stratégique », insistent sur « l'instrumentalisation du Royaume à leurs propres fins ».
« L'aveuglement stratégique, au contraire, fera de ce capital une source de méfiance chronique et de tensions récurrentes », a souligné Bourita dans son communiqué. Telle a été la réaction de Rabat au tremblement de terre politique qui a provoqué la déclassification de rapports liés à la crise de Ceuta, qui n'ont pas permis de faire taire les doutes sur l'implication de leur pays dans les événements du 30 juillet.
Dans une référence claire au PP, qu'il ne mentionne pas explicitement dans son communiqué, Bourita regrette que les « partis historiques » de notre pays soient tombés dans un « bourbier où la rhétorique populiste et irrationnelle l'emporte sur le bon sens ». « Malgré sa vaste expérience au sein du gouvernement », ajoute-t-il.
Aux yeux du Maroc, les partis critiques sur le rôle des autorités alaouites dans la crise utilisent Rabat comme un « pion préélectoral », ce à quoi son ministre des Affaires étrangères affiche son refus. De même, Bourita n'accepte pas non plus d'être « le bouc émissaire des comptes politiques ». Face à ces prétendues attaques contre son pays et ses dirigeants, il lance un rappel qui ressemble plutôt à un avertissement : « La proximité géographique est un fait immuable ».
Le ministre a choisi de faire ce communiqué quelques heures après l'approbation de la loi sur la nationalité sahraouie et l'annonce de la visite des rois à Ceuta. Il n’a toutefois évoqué aucune de ces deux mesures, sources de tensions dans les relations hispano-marocaines.
Au lieu de cela, Bourita s'est vanté d'une coopération « coordonnée et efficace » en matière de migration entre nos pays – même si elle n'est pas suffisante pour empêcher l'entrée de milliers d'immigrants irréguliers à travers la frontière. Il a évoqué cette affaire comme « les événements regrettables de juillet dernier » qui, comme il l'a reconnu, méritent « un examen exhaustif pour clarifier leurs circonstances, identifier les ingérences, dénoncer les manipulations et, surtout, garantir qu'elles ne se reproduiront pas ».
Le Maroc s'interroge
En quête de « bon sens et de vérité », Bourita soulève une série de questions. « Pourquoi maintenir l'accusation contre le Maroc alors qu'aucune donnée, fait ou rapport ne démontre une quelconque implication des autorités marocaines ? » il interroge. Toutefois, le rapport du Centre national de l'immigration et des frontières (CENIF) de la Police nationale pointe la responsabilité des forces et organismes de sécurité marocains.
« Pourquoi les immigrés illégaux ne sont-ils pas expulsés, alors que le gouvernement marocain s'est officiellement engagé à les réadmettre ? » continue-t-il. Les autorités espagnoles de Ceuta s'efforcent d'identifier toutes les personnes qui restent dans la ville. En outre, beaucoup ont demandé l’asile et ne peuvent donc pas être expulsés du territoire espagnol tant que leur demande n’est pas résolue. « Pourquoi les mineurs non accompagnés sont-ils tenus à l'écart de leur famille, alors que le Maroc a demandé en urgence leur retour ? » ajoute-t-il. En effet, la législation espagnole est particulièrement protectrice des mineurs et ne permet pas leur retour immédiat au Maroc.
« La réponse à ces questions ne se trouve pas au Maroc, mais chez les acteurs espagnols concernés », a conclu Bourita.
Comme le souligne le ministre, en Espagne, on cherche déjà des réponses à ce qui s'est passé le 30 juillet à Ceuta. Le Tribunal National maintient une enquête ouverte pour déterminer les responsabilités. Mais Bourita a également remis en question ces agissements : « Il est regrettable que des institutions législatives et judiciaires par ailleurs honorables soient affectées par des initiatives mal conçues qui sèment la discorde ».
