Objectif : réaliser le « Grand Israël »
« Je le dis ici sans détour : si le Hezbollah ne se rend pas, nous leur prendrons de plus en plus de territoires. » Ce sont les dernières déclarations du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui indique clairement que l'expansion territoriale que le gouvernement israélien exerce aux dépens de ses voisins ne va pas s'arrêter à court terme. Ainsi, depuis la création de l'appel « Ligne jaune » au sud du Liban et à Gaza jusqu'à la disparition définitive des « Ligne verte » dans les territoires palestiniens créés en 1949 et reconnus par l’ONU, les frontières de la région continuent de se dessiner à mesure que le conflit se poursuit.
L'idée du Grand Israël
Entre fin 2024 et mi-2026, le nombre total de nouveaux territoires annexés par Israël se situe entre 970 et 1 025 kilomètres carrés selon un rapport réalisé le 15 mai par le Carnegie Endowment for International Peace. Ainsi, alors que l'armée israélienne (FDI) opère sous le principe de la survie et de l'autodéfense, certains experts et analystes comme Daniel Levy (ancien négociateur de paix israélien et président du projet États-Unis/Moyen-Orient) soutiennent que le pouvoir politique israélien cherche à instrumentaliser ces annexions pour établir de nouvelles frontières jusqu'à atteindre les territoires du Grand Israël (en hébreu, Eretz Israël Hashlemah« La Terre Complète d'Israël »).
Selon la Bible (et selon son interprétation), Yahvé Il accorde les terres qui s'étendent de l'Euphrate au Nil au peuple élu d'Israël (Genèse, 15 : 18-21). Au XXe siècle, le concept s'est sécularisé et s'est transformé en projet politique grâce à Ze'ev Jabotinsky, le fondateur du Le sionisme révisionniste (le courant dont descend aujourd’hui le parti Likoud). Jabotinsky s'est opposé au projet de division de la région proposé par l'Empire britannique et a exigé que le futur État juif soit établi sur les deux rives du Jourdain (qui comprenait la Jordanie actuelle).
Aujourd'hui, cette idée de territoire est défendue par les forces d'extrême droite du pays hébreu comme Smotrich lui-même ou des personnalités politiques comme Itamar Ben-Gvir (ministre de la Sécurité nationale), entre autres groupes politiques.
Au-delà du Golan
Les gains territoriaux d'Israël se manifestent sur plusieurs fronts. Au nord, d’abord repliée derrière le plateau du Golan (occupé en 1967 et annexé en 1981), l’armée israélienne a profité de l’instabilité politique en Syrie après la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024 pour pénétrer profondément aux frontières syriennes. Les troupes israéliennes ont traversé la zone tampon de l'ONU, la zone démilitarisée de Quneitra, malgré les avertissements et les plaintes d'organisations telles qu'Amnesty International, qui ont documenté la démolition de maisons civiles syriennes et la construction de bases militaires permanentes et de routes à usage militaire.
Entre fin 2025 et printemps 2026, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a officialisé la création d'une « zone tampon de sécurité » délimitée par ce qu'il a appelé la Ligne jaune (Ligne jaune). Cette bande absorbe des parties de la Syrie pour protéger le flanc nord contre les « menaces d’invasion », repoussant ainsi la frontière plus à l’est des montagnes du Golan.
Ponts sur le fleuve Litani
Ce qui a commencé comme une série de violations par les deux prétendants au cessez-le-feu a conduit le 2 mars 2026 au déclenchement d’une nouvelle guerre ouverte au Liban. Les opérations terrestres des Forces de défense israéliennes (FDI), qui ont débuté au milieu de ce mois, redéfinissent les frontières sud du pays du cèdre.
Le ministère israélien de la Défense a annoncé une campagne visant à détruire les infrastructures frontalières du Hezbollah et à occuper le territoire libanais jusqu'au cours du fleuve Litani où des ponts clés sur ce fleuve ont été détruits pour isoler complètement le sud du Liban du reste du pays. Pour cette raison, plusieurs agences internationales (comme Oxfam) dénoncent déjà la manière dont Israël applique une stratégie de « zone tampon vide », où les déplacements forcés massifs et la démolition totale des villages frontaliers libanais cherchent à empêcher le retour de la population civile dans ses foyers, en établissant une présence militaire permanente dans la zone.

L'effondrement définitif de la « Ligne verte »
Vers l’intérieur, le gouvernement israélien cherche à absorber juridiquement et institutionnellement les territoires palestiniens à travers des stratégies telles que l’annexion formelle via Jérusalem. Début 2026, le cabinet israélien a avancé des plans pour une nouvelle colonie massive qui étendrait de facto les limites municipales de la ville de Jérusalem jusqu’en Cisjordanie. Les médias locaux, comme le Times of Israel, précisent que cette mesure vise à « brouiller la Ligne verte » de 1949 qui divisait la Cisjordanie en deux, fragmentant de façon permanente la continuité d'un futur État palestinien.
Lors de l’offensive judiciaire dans la « zone C » en février 2026, Israël a modifié les règles d’enregistrement des propriétés dans la zone C (63 % de la Cisjordanie). En exigeant des titres de propriété difficiles à prouver, de vastes étendues de terre sont déclarées « terres domaniales ». Cela s’ajoute au record de plus de 80 nouveaux avant-postes de colons autorisés l’année dernière.
Dans la bande de Gaza, après l’échec successif des trêves, les opérations militaires se sont concentrées sur une stratégie de réoccupation et de blocus total, créant des couloirs militaires et des infrastructures israéliennes permanentes qui segmentent le territoire indéfiniment.
« L'erreur de la communauté internationale est de croire qu'Israël opère selon une logique de frontières fixes. Pour le gouvernement actuel, la carte est un espace élastique défini par la force militaire et les colonies, alignant le besoin tactique de sécurité avec l'idéologie du Grand Israël. » — Conclusion générale des analyses du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).
