Le Polisario défie une nouvelle fois l'UE devant les tribunaux pour renverser le nouvel accord avec le Maroc
Le Front Polisario a formellement déposé devant le Tribunal de l'Union européenne un recours contre le règlement qui donne une couverture juridique au nouvel accord entre l'Union européenne et le Maroc, une offensive juridique qui vise à renverser ce que Bruxelles et Rabat considèrent comme un pacte stratégique mais qui représente pour les Sahraouis une violation du droit international et des arrêts antérieurs de la justice communautaire. Un pacte auquel s'opposent également les agriculteurs européens, qui le considèrent comme une nouvelle stratégie de concurrence déloyale de la part du Maroc.
L'appel a été présenté le 27 décembre 2025, comme confirmé à L'Indépendant sources du mouvement sahraoui lui-même. Cela concrétise ce qu'avançait il y a quelques semaines ce journal Oubbi Buchraya, conseiller spécial du secrétaire général du Front Polisario pour les ressources naturelles et les affaires juridiques. « Nous allons faire appel de la signature de l'accord sous forme d'application provisoire. Et lorsque l'accord sera conclu, par la ratification et le vote des Etats et le vote des parlementaires, nous ferons appel du nouvel accord dans sa forme définitive. Selon les procédures du tribunal, si le nouvel accord formellement conclu et ratifié par le Parlement fait l'objet d'un appel, le premier appel sera rejeté et le tribunal n'examinera que le nouveau, qui est basé sur l'accord final conclu », a-t-il ensuite glissé.
Le recours contre un règlement de l'UE déjà entré en vigueur en application provisoire – avec un étiquetage qui contourne le nom de Sahara Occidental stipulé par la Cour de Justice de l'UE – représente, de l'avis du Polisario, une reconfiguration du cadre des relations entre Bruxelles et Rabat qui inclut de facto le Sahara Occidental occupé dans le champ de l'accord, violant systématiquement les décisions judiciaires qui ont déterminé en 2024 que tout traité liant le Sahara Occidental doit avoir le consentement explicite de sa ville.
Dans sa présentation devant la Cour européenne, le Polisario soutient que le règlement a été adopté sans le consentement de la population sahraouie et contrevient à la jurisprudence réitérée qui considère le Sahara occidental comme un territoire séparé et distinct du Royaume du Maroc, exclu du processus de négociation bilatérale entre Bruxelles et Rabat sauf autorisation expresse de son représentant légitime.
Une offensive judiciaire qui se poursuit
L'action judiciaire du Polisario n'est pas nouvelle : depuis 2024, après l'annulation des accords agricoles et de pêche par la CJUE – qui remettait en question l'inclusion du territoire sans le consentement mentionné précédemment – le mouvement sahraoui prévenait qu'il ferait à nouveau appel à la version actualisée de l'accord commercial s'il maintenait une structure permettant un accès préférentiel aux produits originaires du Sahara occidental au marché communautaire.
Un communiqué du Polisario, publié début décembre, avait anticipé cette stratégie juridique en réitérant son rejet « absolu » de tout accord entre l'UE et le Maroc impliquant le Sahara occidental, y compris dans les secteurs de l'agriculture et de la pêche.
Réactions à Bruxelles et Rabat
La Commission européenne, de son côté, a défendu le cadre convenu avec le Maroc comme nécessaire pour stabiliser les relations économiques et géostratégiques dans le sud de la Méditerranée. Cependant, la position communautaire a fait l'objet de critiques au sein même du Parlement européen, où une bonne partie des députés ont accusé le président de la Commission de récompenser de facto la situation d'occupation illégale du Sahara occidental.
Rabat, de son côté, a soutenu que les accords avec l'UE sont conformes au droit international et que l'étiquetage des produits confirme sa souveraineté sur l'ensemble du territoire du Sahara occidental, une thèse rejetée tant par la justice communautaire que par le Polisario et des secteurs du Parlement européen.
Champ d'application juridique
Le recours présenté le 27 décembre ouvre un nouveau chapitre dans un différend qui a déjà marqué l'agenda juridique et politique de Bruxelles avec Rabat ces dernières années. La CJUE devra évaluer si le nouveau règlement européen respecte ou non les principes et la jurisprudence antérieure, un processus qui pourrait durer des mois et qui, en cas d'annulation, obligerait à revoir, voire à cesser, l'application de l'accord dans sa forme actuelle.
Pour le Polisario, cette bataille juridique est également un élément central de sa stratégie politique, à l'heure où le régime de Mohamed VI tente de dynamiser les investissements dans les territoires occupés du Sahara : insistant sur le fait que tout traité incluant le Sahara occidental sans son consentement est non seulement illégal, mais perpétue l'occupation du territoire et accroît l'exploitation de ses ressources au détriment du peuple sahraoui.
