Lecornu suspendra la réforme des retraites jusqu'à la présidentielle

Lecornu suspendra la réforme des retraites jusqu'à la présidentielle

Dans son discours d'investiture, le Premier ministre français, Sébastian Lecornu, a proposé de suspendre la réforme des retraites jusqu'aux prochaines élections présidentielles, qui auront lieu au printemps 2027. C'est une concession aux socialistes dont il a besoin pour que son gouvernement, créé dimanche dernier, ait un chemin et que les budgets puissent être approuvés. Lecornu, 39 ans, a accepté vendredi dernier d'être à nouveau Premier ministre après une première tentative ratée qui n'a duré que 27 jours.

La réforme des retraites, approuvée par décret en 2023, est le changement phare du président Emmanuel Macron, mais aussi la plus controversée. Lecornu a imaginé la suspension, au lieu de la démission totale, pour avoir suffisamment de voix pour empêcher la motion de censure de la France Insoumise ou de Réunification Nationale. Dans son entretien sur France 2, au moment même où il terminait ses consultations et avant de reprendre ses fonctions, il déclarait déjà qu'il faudrait suspendre la réforme des retraites pour parvenir à un gouvernement stable.

C'était l'un des enjeux de cette déclaration de politique générale, comme on appelle l'investiture en France. Depuis la tribune de l'Assemblée nationale, le premier ministre a annoncé qu'il proposerait « au Parlement, dès cet automne, de suspendre la réforme des retraites de 2023 jusqu'aux élections présidentielles… Il n'y aura pas de majoration d'âge d'ici janvier 2028, comme le demande justement la CFDT », le premier syndicat de France.

Applaudissements des socialistes

Au moment de l'annonce, plusieurs députés socialistes ont applaudi le Premier ministre depuis les sièges de l'hémicycle, dont l'ancien président de la République, François Hollande. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a salué l'initiative de Lecornu.

La mesure a l'approbation du dernier prix Nobel d'économie, le Français Philippe Aghion. « C'est un prix modeste pour la stabilité économique et politique », a déclaré Aghion dans un entretien à la radio France Inter. Par la suite, le député socialiste Laurent Baumel a annoncé que son parti ne voterait pas en faveur de la motion de censure. Depuis le Regroupement national, toutes les critiques se sont abattues sur Lecornu et les socialistes, ses nouveaux « otages ».

La mesure coûtera environ 400 millions d'euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027, comme l'a expliqué le premier ministre. « Cela devra être compensé par des économies sur d'autres postes », a-t-il ajouté.

Sébastien Lecornu a proposé d'organiser une conférence sur les retraites avec les partenaires sociaux dans les prochaines semaines. « J'ai confiance dans la social-démocratie. J'ai confiance dans la démocratie parlementaire. Si la conférence aboutit, le Gouvernement transformera l'accord en loi et le Parlement tranchera. Dans le cas contraire, ce sera aux candidats à l'élection présidentielle de présenter leurs propositions et aux Français de se prononcer sur celles-ci », a déclaré Lecornu. La conférence pourrait présenter ses conclusions au printemps.

« Il n'y aura pas de crise de régime »

À son tour, il a indiqué qu'il préconisait la création d'un apport exceptionnel des grandes fortunes, sans toutefois faire allusion à l'impôt Zucman. Les socialistes réclament la création de la taxe Zucman, qui consisterait à taxer les patrimoines dépassant 100 millions d'euros à 2% par an. Elle toucherait 1.800 contribuables, selon l'économiste français Gabriel Zucman.

Concernant le budget, Lecornu a indiqué que l'objectif est que le déficit soit inférieur à 5% du PIB en 2026. Cette année, il devrait être de 5,4%. « Je ne serai pas le premier ministre d'un effondrement des comptes publics », a-t-il ajouté. Le déficit budgétaire de la France en 2024 était de 5,8 % (168,6 milliards d'euros), le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans son discours, Lecornu a souligné que sans majorité absolue et sans l'article 49.3, c'est-à-dire le recours au décret, c'est l'Assemblée nationale qui a la parole, et chaque député doit agir de manière responsable. « Certains aimeraient que la crise parlementaire débouche sur une crise de régime. Cela n'arrivera pas grâce aux institutions de la Ve République et à leur soutien », a-t-il déclaré.

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