Ojo por ojo, trol por trol: el Ministerio francés de Exteriores contra la desinformación

Les Affaires étrangères françaises contre la désinformation

Si vous ne pouvez pas battre votre ennemi, copiez ses tactiques. La France mène la bataille contre la désinformation avec un nouvel outil. Comment contrer les coups que les trolls portent à Macron lorsqu’ils se moquent de son image avec des lunettes de soleil ? Un compte officiel d'un ministère doit respecter certains codes. Mais dans un récit parallèle, vous pouvez agir avec plus de liberté… et avec le sens de l'humour. C’est ce que fait le ministère français des Affaires étrangères dans French Response. Et en anglais, ce qui en dit long sur les voisins du nord, si fiers de leur langue. Œil pour œil, troll pour troll.

A travers ses œuvres, nous apprendrons ce que fait l'équipe de communication du Quai d'Orsay derrière French Response. Lorsque le secrétaire d'État Marco Rubio faisait allusion à la crise de la « culture européenne », French Response a tweeté un tableau présentant différents indicateurs du niveau de vie dans l'Union européenne par rapport à celui des États-Unis, sous le titre « notre culture ». Ils ont répondu aux moqueries sur les lunettes de soleil de Macron à Davos par un collage avec les couvertures de la presse mondiale dont le président américain était la star. Quand Elon Musk se demandait pourquoi le gouvernement britannique est « si fasciste », ils ont reproduit la photo du millionnaire propriétaire de X faisant le salut nazi.

Mèmes, ironie et vitesse

« L'humour, l'ironie, dénotent l'intelligence, c'est la perception qu'a le lecteur lorsqu'il voit en ligne un contenu humoristique, aussi grave soit-il. Le succès de French Response, c'est qu'ils ont compris quelque chose de clé : la désinformation dans faux. Les mèmes, l’ironie et la rapidité ne sont pas de la frivolité, ils sont le langage natif des plateformes en ligne. Mais ils ont un plus grand impact, car ils parviennent à pénétrer (justement par l'humour, les plaisanteries drôles) dans un public qui n'est habituellement pas informé de la politique, pas même dans les médias », explique Xavier Peytibi, consultant politique chez Ideograma et auteur de Campagnes connectées : Communication politique dans les campagnes électorales.

« Non seulement cela corrige les données, mais cela remet en question la crédibilité de l'expéditeur et de l'histoire, en introduisant une couche de ridicule qui réduit la capacité de contagion du canular. De plus, cela rompt avec la solennité habituelle de la communication institutionnelle, qui génère de la proximité, notamment avec un public jeune et politisé numériquement, et lui permet de gagner en visibilité dans un environnement saturé », ajoute Peytibi.

Pour la défense de l'image de la France… et de l'Europe

À l’automne 2025, French Response est sorti. Il s'agit de la plus grande innovation du nouveau service Presse et Communication du ministère. Sa croissance est exponentielle depuis début 2026. Elle frôle déjà les 150 000 followers.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est vanté du succès de la réponse française lors de la conférence des ambassadeurs début janvier. « Aucune fausse nouvelle n'est diffusée à partir du compte, mais l'information est fournie avec une approche franche, avec une touche d'humour, de moquerie, parfois d'autocritique, ce qui nous permet d'augmenter l'impact du message que nous voulons faire passer », a-t-il souligné.

« La vertu de la Réponse française est de réagir lorsque sont publiés des contenus qui nuisent à notre image. Mais la Réponse française a aussi le mérite d'être préventive, car nos adversaires savent désormais que s'ils nuisent à notre image, ils peuvent être ridiculisés par la Réponse française », a ajouté le ministre.

Origine et évolution

Au départ, la première mission était de nier que la reconnaissance de la Palestine par la France ait fait dérailler la libération des otages aux mains du Hamas. Mais c’est au printemps 2025 que l’Elysée et le ministère des Affaires étrangères se sont aperçus qu’ils étaient très limités dans les comptes officiels à démentir des canulars comme celui que propageaient des comptes anonymes. Dans une vidéo, Macron est apparu avec quelque chose de blanc dans les mains et des spéculations ont commencé selon lesquelles il s'agissait d'un morceau de cocaïne. Sur les réseaux officiels, la réponse a été : « C'est un mouchoir ». Mais c'était décaféiné. Un autre espace était nécessaire.

Depuis lors, la position de l’Union européenne dans la tension croissante avec les États-Unis a également été défendue. Le compte, géré par un groupe de diplomates, d'anciens journalistes et de fact-checkers, a été particulièrement actif lors du Forum de Davos. Ils ont popularisé des expressions du discours de Macron telles que « bien sûr » (prononcé de manière exagérée, pour chour). C'est ainsi qu'il a répondu à l'ambassadeur américain auprès de l'UE, Andrew Puzder, en soulignant que Trump avait assuré à Davos à quel point « les États-Unis se soucient profondément du peuple européen… ». Notes de réponse française : Pour chour (Certainement).

« Dans ce monde prédateur, si nous sommes faibles, nous ressemblons à des proies. Pour être libres, il faut faire peur », a expliqué Anne-Marie Descôtes, secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération. Le Monde. Selon Descotes, ce nouveau visage de la diplomatie française sur Internet est « une arme de plus pour contrecarrer les arguments qui ébranlent nos positions », face à la désinformation du Kremlin, d'Israël ou du milieu trumpiste.

Le succès de la réponse française jusqu’à présent est indéniable. Il parvient à susciter l’intérêt et les réactions sont positives. Mais, comme le souligne Xavier Peytibi, cette communication comporte des risques. « Le gouvernement français est désinstitutionnalisé, et l'équilibre du ton, dans ce qui est dit et ce qu'il ne faut pas dire, doit être beaucoup contrôlé », dit-il. Il faut que les lignes rouges soient claires, pour ne pas tomber dans le manque de respect ou les insultes, car c'est la « réponse française », du ministère des Affaires étrangères, et par extension, de l'Elysée.

Ceux qui ont le plus osé suivre cette ligne de communication sont les Ukrainiens. Divers ministères ont tenté de contrer la propagande russe avec un sens de l'humour et du sarcasme.

Espagne, hyperpersonalisme d'Albares

En Espagne, le compte du ministère des Affaires étrangères semble en réalité être celui du ministre José Manuel Albares. La plupart des messages qu'il diffuse font référence à des déclarations, apparitions et activités du ministre. Ils reproduisent également tous les tweets d'Albares. L'hyperpersonnalisme du ministère se reflète clairement dans sa manière de communiquer : plus que l'image de l'Espagne, c'est l'image du ministre qui prime.

Une réponse espagnole serait-elle souhaitable ? Selon Peytibi, « en Espagne, si cela se réalisait, ce devrait être un projet très délimité, avec une autonomie créative, des objectifs clairs et une forte coordination stratégique. Cela pourrait être une manière de positionner l'Espagne dans un rôle international ».

L'expert ajoute qu'en tout état de cause, ces canaux ne peuvent pas toujours remplacer la communication institutionnelle officielle. « Ils sont complémentaires. Dans le cas contraire, le risque est énorme. »

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