Pourquoi Trump a tourné le dos à María Corina Machado
L’opération américaine visant à capturer Nicolás Maduro a étonné le monde, mais aussi la détermination avec laquelle Donald Trump s’est débarrassé de l’opposition, dirigée par María Corina Machado, pour piloter la transition vers la démocratie au Venezuela. Dans des informations signées par Tyler Pager, Anatoly Kurmanaev et Julian E. Barnes et basées sur des sources de la Maison Blanche et du renseignement nord-américain, le New York Times détaille les raisons politiques, stratégiques et personnelles qui ont poussé Trump à prendre ses distances avec le chef de l'opposition vénézuélienne.
Selon le journal new-yorkais, cette décision a été étayée par des rapports des services de renseignement américains qui remettaient en question la capacité de l'opposition à gouverner le pays après un éventuel effondrement du régime chaviste. Ces analyses mettent en garde contre un risque élevé d’instabilité interne et la nécessité d’une présence militaire américaine plus robuste si Washington choisissait de soutenir directement Machado.
À ce diagnostic s’ajoute la détérioration progressive des relations entre le leader de l’opposition et les hauts responsables de l’administration Trump. Au-delà de la prétendue crise de colère du président sur la question du prix Nobel de la paix citée par le Washington Post, et selon cinq sources citées par Le New York Timesle sentiment s'est établi à la Maison Blanche que Machado avait présenté des évaluations irréalistes de la faiblesse de Maduro et manquait d'un plan concret pour traduire sa victoire politique en un contrôle efficace du pouvoir.
La stabilité aux dépens de l’agenda démocratique
Trump l’a exprimé explicitement après l’opération américaine qui s’est terminée par la détention de Maduro par les États-Unis. « Il lui serait très difficile de diriger le pays », a déclaré le président, affirmant qu'il ne bénéficie pas de suffisamment de soutien ou de respect au Venezuela.
Au lieu de soutenir l'opposition, Trump a choisi de soutenir une transition dirigée par la vice-présidente chaviste, Delcy Rodríguez, un choix qui reflète, selon le journal, une priorité claire : garantir la stabilité immédiate et protéger les intérêts énergétiques des États-Unis, même au prix de reléguer l'agenda démocratisant.
Le rapport souligne que la distanciation n’est pas nouvelle. Depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, les relations entre Machado et Washington se détériorent. L'envoyé présidentiel Richard Grenell a été particulièrement frustré par le refus du leader de l'opposition de le rencontrer à Caracas et par sa résistance à fournir des listes de prisonniers politiques ou à préciser une feuille de route pour investir son candidat remplaçant, Edmundo González.
Affrontements avec la Maison Blanche
Machado, pour sa part, a reproché à Grenell une attitude trop pragmatique à l'égard du chavisme et l'absence d'une condamnation publique explicite de la légitimité de Maduro. Cette méfiance mutuelle a fini par bloquer toute entente opérationnelle.
Le secrétaire d'État, Marco Rubio, a défendu la nécessité de travailler avec la « réalité immédiate » du pays, reconnaissant qu'une bonne partie de l'opposition ne se trouve plus sur le territoire vénézuélien. Dans ce contexte, l'administration américaine a opté pour une stratégie de réformes progressives et non pour une rupture révolutionnaire, comme le résume l'ancien représentant vénézuélien Freddy Guevara, cité par Le New York Times.
Le virage de Trump a généré un malaise parmi les secteurs républicains traditionnellement alignés sur Machado, notamment en Floride. Le député Mario Díaz-Balart a réitéré son soutien au leader de l'opposition, sans toutefois donner d'explications sur la position du président.
Le journal américain conclut que l'engagement inflexible de Machado – rejet total de toute négociation avec le chavisme et défense fermée des sanctions – lui a valu un fort soutien populaire, mais a également limité sa capacité à construire des alliances internes et externes. Dans une administration Trump définie comme transactionnelle et axée sur les intérêts immédiats, cette rigidité a fini par être laissée de côté.
