Les socialistes conservent les mairies de Paris et de Marseille mais leurs candidatures communes avec l'extrême gauche de Mélenchon échouent
Il s'agit du dernier test des élections françaises avant les élections présidentielles de 2027, lorsque le successeur d'Emmanuel Macron sera désigné. Les élections municipales ont confirmé un double mouvement sur la carte politique locale : la résistance du bloc socialiste dans les principales villes, comme Paris et Marseille, et l'avancée soutenue de l'extrême droite sur le territoire, avec la conquête de Nice, grâce à Éric Ciotti, comme résultat le plus notable.
L'un des axes de la journée a été le bilan des alliances entre le Parti socialiste et La Francia Insumisa (LFI) de Jean-Luc Mélenchon. Loin de renforcer la gauche, ces accords ont entraîné des revers importants. Le cas le plus visible est celui de Toulouse, où la coalition n'a pas réussi à arracher la mairie au bloc conservateur. Des places historiques comme Limoges ou Clermont-Ferrand, aux mains des socialistes depuis des décennies, ont également été perdues. À ces revers s'ajoutent également des pertes dans des villes gouvernées par des écologistes, comme Bordeaux, Strasbourg, Poitiers ou Annecy, où les alliances avec LFI n'ont pas non plus fonctionné.
Face à cela, dans les villes où les socialistes ont participé sans pacte avec LFI – Paris, Marseille, Rennes ou Le Mans – ils ont réussi à maintenir le contrôle municipal. Nantes a été la principale exception, où l'alliance a fonctionné et a permis de revalider la mairie. A Lyon également, troisième ville du pays, les accords ont été décisifs pour les écologistes.
Le secrétaire général socialiste, Pierre Jouvet, a été explicite en affirmant que les alliances avec la France Insoumise « font perdre », tandis que le chef du parti, Olivier Faure, a défendu que le Parti socialiste reste « le principal parti de la gauche française ». Faure a appelé à une réflexion stratégique en vue des élections présidentielles. L’ancien président François Hollande est allé plus loin et a qualifié les résultats d’« échec de l’approche de la direction du Parti socialiste ».
Le porte-parole du insoumisManuel Bompard, a souligné qu'il s'agissait de la première participation du mouvement aux élections municipales et qu'il a remporté des victoires comme Saint-Denis – obtenue au premier tour – ou Roubaix, deux villes de plus de 100 000 habitants. Elles sont rejointes par d'autres communes des agglomérations de Paris et de Lyon, où LFI a su s'implanter dans des zones à forte présence de population immigrée.
Paris, symbole politique et champ de bataille national
La capitale a concentré une grande partie de l’attention. Le socialiste Emmanuel Grégoire l'a emporté avec plus de 50% des voix et a assuré la continuité de son parti à la tête du conseil municipal, qu'il contrôle depuis 2001. Il remplacera Anne Hidalgo, la maire d'origine espagnole, dont il a été le numéro deux pendant des années. Anne Hidalgo dirige Paris depuis 12 ans.
Grégoire a réussi à s'imposer malgré la fragmentation de la gauche, puisque la candidate de la France Insoumise, Sophia Chikirou, a maintenu sa candidature au second tour et a obtenu près de 9% des voix. Le socialiste a refusé de conclure un accord avec elle pendant la campagne.
Dans le bloc de droite, l'ancienne ministre de la Culture Rachida Dati, candidate des Républicains, arrive en deuxième position avec environ 38% après avoir articulé une candidature commune avec le centriste Pierre-Yves Bournazel et avec le soutien de l'entourage du président Emmanuel Macron. Grégoire a dénoncé une convergence entre la droite traditionnelle et l'extrême droite autour de la candidature de Dati, qui, comme il l'a affirmé, bénéficiait d'un soutien explicite de cet espace politique.
Dans sa première intervention après la victoire, Grégoire a présenté Paris comme un « barrage » contre l'extrême droite et a mis en garde contre une possible convergence entre la droite traditionnelle et cet espace politique face aux élections présidentielles qu'il a qualifiées de « cruciales ». Après son discours, le nouveau maire a parcouru la ville à vélo jusqu'à l'Hôtel de Ville, où il a été reçu par Hidalgo, qui a symboliquement passé le relais à ses partisans.
Marseille résiste et Nice change de cap
A Marseille, deuxième ville du pays, le socialiste Benoît Payan a été réélu avec 53% des voix contre 41,5% pour le candidat du Rassemblement national (RN), Franck Allisio. Le retrait du candidat LFI, Sébastien Delogu, a facilité la concentration du vote de gauche.
La principale avancée de l'extrême droite s'est produite à Nice, où Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen, l'a emporté avec 45% des voix contre 39,5% pour le maire sortant, le centriste Christian Estrosi. La ville, avec environ 360 000 habitants, devient le plus grand bastion urbain du RN.
La formation a également élargi sa présence avec des victoires dans des villes comme Carcassonne, Orange, Castres ou Carpentras, qui rejoignent Perpignan, déjà confortée au premier tour avec la réélection de Louis Aliot. Il n’a cependant pas réussi à s’imposer dans d’autres communes concernées du sud, comme Toulon ou Nîmes. Au total, l'extrême droite a gagné environ 1 300 maires dans tout le pays, consolidant ainsi sa présence locale.
Marine Le Pen a qualifié les résultats de confirmation de sa stratégie de mise en œuvre locale, tandis que le président du parti, Jordan Bardella, a parlé du « début d'une alternance » avec projection nationale.
Édouard Philippe consolide son profil national
Au Havre, l'ancien Premier ministre Édouard Philippe a été réélu avec 47,7 % des voix au second tour à trois, devant le candidat communiste Jean Lecoq. Sa victoire renforce sa position comme l’une des figures centristes les plus projetées pour les élections présidentielles de 2027. L'un des grands perdants de la journée a été l'ancien Premier ministre François Bayrou, qui a perdu la mairie de Pau.
La participation dans la ville portuaire a dépassé les 53,72% un jour qui a clôturé un processus électoral au cours duquel plus de 80% des maires avaient déjà été élus au premier tour, principalement dans les zones rurales. Lors de ce second tour, quelque 17 millions de citoyens répartis dans 1 526 communes ont été appelés aux urnes. Au niveau national, la participation a été d'environ 57% au recensement, une abstention élevée par rapport aux appels précédents.
L’ensemble des résultats dessine un scénario politique ouvert, avec une gauche divisée sur sa stratégie d’alliance, une extrême droite sur l’expansion territoriale et plusieurs figures – du bloc socialiste à l’espace centriste – se positionnant déjà dans une perspective nationale.
