Ils dénoncent le blanchiment de l'occupation marocaine au Sahara à travers un festival
Entre le 6 et le 12 juin, le Maroc organise un festival du cinéma dans la ville occupée de Dakhla. L'événement, qui fête cette année sa 14e édition, sert de vitrine au régime alaouite pour la domination qu'il exerce sur le territoire. Avec la participation de plusieurs invités internationaux, le Festival du film de Dakhla projette « une fausse image de normalité », selon les journalistes et cinéastes sahraouis.
Une déclaration envoyée à L'Indépendant par Equipe Media, l'agence de presse qui opère dans les territoires occupés du Sahara occidental, dénonce la tenue de ce type d'événement dans un lieu « où persistent des violations graves et systématiques des droits de l'homme ». Ainsi, des journalistes et cinéastes sahraouis expriment « leur rejet le plus ferme » de la participation de personnalités du monde du cinéma à un concours organisé dans une ville sous occupation du Maroc.
« Alors que les invités internationaux sont reçus avec des tapis rouges et des événements officiels, les professionnels de l'information et du cinéma sahraouis sont quotidiennement confrontés à une surveillance extrême, au harcèlement, à la censure et à de sévères restrictions », affirment-ils. Selon les informations de l'organisation du festival, plusieurs cinéastes étrangers participeront à l'occasion en tant que membres du jury.
Toutefois, l'Espagnol Manuel Pena, qui avait initialement été annoncé comme jury pour la section film documentaire, a décidé de se retirer du Festival du film de Dakhla, selon Equipe Média. « Sa position éthique représente un exemple de cohérence, de dignité et d'engagement en faveur de la justice et des droits de l'homme », indique le communiqué. Le réalisateur galicien aurait adopté cette décision grâce à la campagne de sensibilisation menée par le Festival international du film sahraoui (FISahara), la rencontre avec le monde de la culture qui a lieu chaque année dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (Algérie).
Les journalistes et cinéastes sahraouis ont demandé aux autres participants étrangers de suivre l'exemple de Pena et de se retirer du festival afin de ne pas être « complices du nettoyage de l'image de l'occupation ». « Il ne peut y avoir de dialogue culturel authentique ou éthique là où la liberté d'expression est systématiquement refusée à la population indigène sahraouie », dénoncent-ils.
Une scène de répression pour un festival de cinéma
Le Maroc n'a fait aucun effort pour cacher le caractère propagandiste du festival. Sur leurs réseaux sociaux, ils ont partagé un message du roi Mohamed VI, dans lequel le monarque marocain promettait que le Sahara occidental resterait partie du Maroc « jusqu'à la fin des temps ». Cependant, aux yeux du droit international, ce territoire reste en attente de décolonisation, après que l'Espagne l'a abandonné en 1976, laissant la porte ouverte au régime alaouite pour en prendre le contrôle, contrevenant ainsi au mandat des Nations Unies d'organiser un référendum d'autodétermination.
Pendant tout ce temps, les plaintes concernant les violations des droits de la population sahraouie dans les zones occupées ont été constantes, comme le rappelle le communiqué publié contre le festival : « De nombreux militants et professionnels des médias sahraouis ont subi des conséquences dévastatrices pour leur travail pacifique ». Selon eux, certains ont été emprisonnés « sur la base de fausses accusations » et condamnés à la prison à vie, tandis que d'autres ont été « torturés, licenciés de leur travail ou restent soumis à une persécution judiciaire et policière constante et étouffante ».
Tout cela alors que le Maroc organise des festivals de cinéma à participation internationale. Pour cette raison, les plaignants rappellent : « Derrière la propagande officielle promue dans ce type de compétition, se cache un scénario marqué par la répression, l'intimidation et la réduction au silence du journalisme et de l'activisme indépendants ».
