La collaboration militaire entre le Maroc et les Etats-Unis se renforce
L’Espagne et les États-Unis ne traversent pas leur meilleur moment en matière de relations de défense. Alors que le Pentagone désigne l’Espagne comme un allié avec lequel rompre, l’ami marocain est ouvert à une plus grande collaboration avec les Américains. Des mouvements géopolitiques qui servent le royaume alaouite à se renforcer militairement.
L'alliance militaire entre Rabat et Washington franchit une nouvelle étape avec la signature d'une nouvelle feuille de route stratégique qui jalonnera leurs relations pour les dix prochaines années. Un nouveau mouvement qui ne cesse de renforcer la place du Maroc comme partenaire privilégié des Américains au Maghreb.
Le nouvel accord vise à étendre à plus grande échelle la coopération en matière de défense et de cybersécurité entre les deux pays. De cette manière, un échange de technologie militaire est attendu, selon l'analyse du Progress Centre for Political de Londres. De même, les États-Unis auraient réaffirmé leur plein soutien aux aspirations souverainistes du Maroc sur le Sahara occidental.
Les mouvements de défense du Maroc sont toujours observés de près depuis l’Espagne. Ainsi, la nouvelle stratégie commune avec les États-Unis n’est pas passée inaperçue dans notre pays. Un accord de cette ampleur suscite de nombreuses craintes, surtout de la part d'un voisin qui souhaite prendre le contrôle du territoire espagnol en Afrique du Nord.
La menace n'est pas militaire, mais politique
Pour le fondateur et directeur du portail spécialisé Mena Defence, l'Algérien Akram Kharief, la nouvelle feuille de route ne représente pas une « menace réelle » sur le plan militaire pour notre pays. « La principale implication pour l'Espagne est politique », dit l'analyste en conversation avec L'Indépendant.
Néanmoins, un accord d’une telle ampleur pourrait signifier davantage de contrats de financement militaire étranger et un meilleur accès du Maroc aux surplus militaires américains. Par ailleurs, selon Kharief, l'approche de Washington pourrait faire croire à Rabat que l'OTAN n'activerait pas sa clause de défense collective lors d'une hypothétique attaque contre l'Espagne.
Le Maroc avance un atout face au refroidissement entre l'Espagne et les Etats-Unis
Le nouvel accord entre le Maroc et les États-Unis intervient à un moment tendu dans les relations avec l'Espagne. Et le refus de Pedro Sánchez de permettre à Donald Trump d'utiliser les bases de Morón et de Rota dans son offensive contre l'Iran a plu au président nord-américain.
Face à cette opportunité, le régime alaouite en profite. « Le Maroc essaie toujours de profiter de toute situation pour rentrer chez lui », explique le directeur de l'Institut de sécurité et de culture, Carlos Echeverría.
Le Maroc essaie toujours de profiter de toute situation pour rentrer chez lui
Depuis Rabat, ils cherchent à se renforcer sur le plan militaire contre l'Algérie, leur principal rival dans la région, mais aussi contre l'Espagne. C'est pourquoi, Echeverría souligne que notre pays doit surveiller les avancées marocaines mais aussi « prendre soin des relations avec les Etats-Unis et éviter qu'elles ne se détériorent ».
Et le Maroc investit dans l'amélioration de ses systèmes de défense et de sécurité en renforçant ses relations avec les Américains, mais aussi avec Israël. Ainsi, il semble que notre voisin nord-africain commence à avoir accès à des technologies et à des systèmes d’armes qu’il n’avait pas auparavant.
Les manœuvres d’African Lion, vitrine de l’alliance entre Washington et Rabat
Dans ce contexte, le commandement américain pour l'Afrique a lancé l'opération African Lion, une série de manœuvres annuelles qui se déroulent au Maroc, au Ghana, au Sénégal et en Tunisie. Plus de 10 000 combattants d'une vingtaine de nationalités différentes participent à ces exercices et servent de vitrine de la collaboration militaire entre les Américains et leurs partenaires de la région.
Quelques manœuvres qui peuvent servir au Maroc pour approfondir son approche militaire face aux Etats-Unis. Ainsi, les autorités de Rabat pourraient obtenir des armes de meilleure qualité, accédant à des avantages et à des situations qui placent le pays « dans une position plus ferme » vis-à-vis de Washington, souligne Echeverría.
Cette année, les exercices ont commencé en Tunisie, même si les préparatifs ont déjà été effectués sur le sol marocain. Le volet marocain des manœuvres était déjà plein de polémiques en 2024, lorsqu'elles comprenaient un déploiement à Mahbes, ville revendiquée par la République arabe sahraouie et proche de la frontière avec l'Algérie.
Bien que l'Espagne n'ait pas participé aux opérations à cette occasion, elle l'a fait l'année dernière. C'était la première fois qu'elle participait aux manœuvres depuis 2016. Mais cette fois encore, elle a fait l'impasse sur l'événement annuel au Maghreb.
L'utilisation de la technologie Link-16
En préparation des manœuvres de cette année, le Maroc a été intégré au système Link-16, utilisé par l'OTAN et ses alliés comme réseau de communications tactiques en temps réel. Un pas de plus dans la collaboration militaire entre Washington et Rabat.
La confiance placée par les États-Unis dans leur partenaire marocain est ainsi évidente, puisque jusqu'il y a quelque temps ce système était réservé aux membres de l'Alliance atlantique. Ainsi, indirectement, les Américains s’efforcent d’intégrer le Maroc dans la structure militaire de l’OTAN.
En tant qu’allié majeur non-OTAN, le Maroc avait déjà accès au catalogue militaire américain
Akram Kharief souligne toutefois que le Maroc avait déjà utilisé des équipements américains équipés de la technologie Link-16. « En tant qu'allié majeur non membre de l'OTAN, elle avait déjà accès au catalogue militaire américain », note-t-il.
Il reste donc à voir si les exercices African Lion organisés au Maroc renforcent davantage l'utilisation par Rabat de la technologie militaire américaine. Et surtout, où cela laisse-t-il l’Espagne.
